Je ne crois pas avoir fait un article sur celui là déjà.
Bien abîmé notre Joseph ... par Jean le frère de Laval
Tout est question de budget dans ce travail.
Avec un budget plus fort, le résultat eut été un peu moins visible. Ce que je ne considère pas comme une faute, ou un manquement dans ce travail.
En effet refaire un plein cuir et greffer les plat, estomper demandait beaucoup plus de matériaux, de temps et d'envie.
beaucoup de livres ont subi de tels dégâts et de telles restaurations sauvages et je me pose toujours la question de savoir s'il faut vraiment tout enlever et refaire de façon invisible?
Pourquoi?
Il est comme ça et c'est son vécu.
La restauration que j'ai faite est une étape de plus dans l'histoire de ce livre qui est loin d'être finie ...
Le jour où un propriétaire décidera de vraiment faire ce qu'il faut pour en faire une reliure à nouveau en y mettant le prix indépendamment de son prix d'achat, de vente et de revente ....
La reliure selon Vladimir Tchékéroul
On a le droit et le devoir de maintenir un niveau d'exigence haut, place au concret et à la recherche d'indices pour connaître les livres....
jeudi 28 janvier 2016
mercredi 20 janvier 2016
Un livre de médecine qui a fait ses preuves. Du Laurens 1
André Du Laurens est un médecin de la fin du 16 ème siècle.
Le livre que j'ai en restauration est surtout très poussiéreux.
La couture est solide.
Le cuir est usé, épidermé et un peu sec, avec des manques.
| Décor à la grotesque, répétition de petit fer à tortillon. |
Un bon nettoyage à l'intérieur avec un aspirateur,
Une remise en presse du corps d'ouvrage,
Le traitement des cartons dans les coins,
Remise en place des cartons;
Le traitement du cuir,
greffe des coins, des coiffes,
remise en place de la couvrure.
Si le livre avait été la première édition ou une édition un peu plus prestigieuse par l'envoi ou l'état, j'aurai démonté le livre, lavé les feuillets après avoir vérifié qu'il n'y ait aucune inscription manuscrite.
Une recouture à l'identique avec des tranchefiles bicolores vertes et jaunes, en comparaison avec les résidus de soies jaunes et vertes.
le livre est numérisé sur Google, Gallica et là avec un très bon article sur la littérature médicale en français de 1601 à 1700.
La littérature médicale en français de 1500 à 1600
http://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/resultats/index.php?do=page&cote=00352&p=7
Et une fiche sur un exemplaire de 1621 étant situé à Tours.
http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/index.asp?numfiche=91
jeudi 14 janvier 2016
Les reliures d'attente. Bradel.
| Il manque à ce bradel, sa couvrure. Le marbré est très facilement datable 18ème, par les couleurs employées typiques du 18ème et le motif grand peigne ondulé. |
Plus légère, la structure à la Bradel, le Bradel, l’emboîtage à la Bradel est économiquement plus intéressante.
Thoinan cité en lien hypertexte Bradel semble controversé. Paul Culot aurait établit une descendance plus claire.
Je me sers pour cet article du dictionnaire encyclopédique du livre 1 er tome édité par Le Cercle de La Librairie.
http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2011-05-0118-004
L'entrée Bradel apparait deux fois pour le nom et pour la famille.
Les articles sont de Alain Naves et de Sabrina Le bris
On attribue l'invention du bradel à Pierre Alexis Bradel à la fin du 18ème siècle, en pleine révolution française.
Ce relieur cousait sur ficelles ... les rubans sont une invention du 19ème.
Les tranches des bradels du 18ème sont laissées brutes, la couvrure est en papier fantaisie ou avec un dos de toile le plus souvent. On peut imaginer la pénurie de matériaux en pleine révolution.
Le procédé allemand aurait été importé vers 1770 par un membre de cette famille.
Les étiquettes Bradel l'Aîné sont pour François Paul Bradel, dit aussi le neveu de Derôme le jeune, neveu par alliance avec la nièce de Derôme.
Le Bradel qui relia pour le marquis de Paulmy, Pierre Jean Bradel, dit le jeune.
entre 1775 et 1787.
(Je dispose dans l'atelier d'une facture de Bradel le jeune qui date de 1823 ....
On s'y perd d'autant que entre ce que je lis sur différentes sources du net, les rédacteurs ne sont pas d'accord sur les prénoms.)
Ce qui est sûr c'est qu'ils travaillaient de père en fils et avec les cousins dans le monde de la reliure, que leur inventions à une époque où les matériaux de qualité faisaient défaut, le bradel, petite structure avec le corps d'ouvrage cousu d'un côté et la couverture fabriquée de l'autre, le tout assemblé par collage des gardes est rapide, joli et économique.
Voilà pour ces informations succinctes.
Il ne me parait pas inintéressant de mettre en
relation le fait que le marquis de Paulmy
voyageait en Allemagne à cette période et
Voyages de bibliothèques: actes du colloque des 25-26 avril 1998 à RoannePar Marie Viallon |
exemplaire acquis en Allemagne à Bradel, qui travaillait alors pour lui. On sait toute la curiosité des relieurs et aussi qu'ils peuvent être doués dans les affaires, voir toutes les possibilités qu'une telle
structure simplifiée pouvait apporter à leur commerce. Commerce du livre qui sera révolutionné, lui aussi dans ces
décennies comprises entre 1750 et 1850/70.
On voit comment le livre, noble objet sacré, est aussi le porteur d'une entreprise commerciale et d'argent à toutes époques, adaptant technicité et praticité aux besoins économiques et de développement de la société civile, économique, scientifique, des loisirs.
D'un côté les lecteurs et le progrès de la science, de l'autre les marchands et fabricants.
C'est vieux comme le monde et on aurait tort de penser que ce n'est qu' aventure commerciale du 19/20ème.
Les qualités qu'on demande à un bradel sont les mêmes que pour la reliure: solidité, protection et esthétique.
(Quelques exemples de structures légères, avec cartons biseautés, structure hollandaise, percaline simple emboitage 19ème).
On voit bien les limites de cette technique aujourd'hui largement vulgarisée pendant le 20ème siècle, où tous les beaux livres d'Art sont fragiles. Les bibliothèques pour les consultations publiques font séparer en deux les éditions Mazenod et Citadelles par exemple, et reconstituer en deux volumes plastifiés en raison de la manipulation peu aisée d'un gros patapouf peu solide.
Tout ça est logique.
La reliure se distingue par les nombreuses opérations qui rendent solide le bloc livre et solidaires les cartons: Les ficelles qui servent à la couture passent dans les cartons. Les cartons viennent se loger dans le fond du mors, mors constitué par la montée du dos avec le fil de couture qui passe au milieu de chaque cahier.
Tout ceci très techniquement maitrisé par des connaissances d'expérience sur le terrain.
De fait un Bradel, livre d'attente est en attente à la fin du 18ème d'une reliure plus luxueuse, en cuir.
Il deviendra, à part entière, un choix pour les petits livres, avec comme signe distinctif, une gorge formée par l'écartement des cartons du mors, qui permet une ouverture et une aisance facilement compréhensible.
Plus le carton est proche du mors, plus la tension appliquée sur les matériaux est grande et plus pour réduire cette tension, on affinera le carton en pratiquant un biseau.
Certains cartonnages du 19ème sont faits ainsi.
Les ficelles ne doivent alors pas être coupées à ras comme nous le faisons aujourd'hui, si on veut retrouver cette pratique d'attente économique adaptée à notre époque et parfaite pour vendre un livre de façon présentable (clin d'œil, aux libraires, appuyé).
Les livres du 20ème siècle qui craquent dans les mors n'ont pas d'autres choix que de craquer .... :)
Dès la base, ils sont conçus avec un défaut qui fait que les matériaux, papiers simili/cuir ou toile sont fragiles et ne résistent pas ni à la manipulation, ni au temps.
A moins que la manipulation soit peu fréquente et le livre, fabriqué en tenant compte de cette contrainte technique: espace égal à l'épaisseur du carton utilisé plus l'épaisseur du matériau entre le mors et l'emplacement du carton, peu de chance pour que cela tienne....
Les solutions pour y remédier dépendent de l'ampleur des dégâts: charnièrage intérieur, remplacement du matériaux de couvrure, remplacement du dos uniquement ....
mercredi 13 janvier 2016
Les nerfs ... Pourquoi ont-ils cette place là? & Vaudeville - (1).
C'est, je pense, une vraie reliure d'attente, avec les ficelles en attente d'une reliure cuir, assez longues, collées entre la page de garde intérieure et une page de garde volante qui reste, séparée de l'autre partie, la garde contrecollée sur l'intérieur du plat.
Il n'y a plus de trace de la couvrure extérieure.
Mais la trace de claies en tête et queue du livre; le dos n'a pas été encollé, où alors nettoyé.
Cependant la provenance, la bonne qualité des fonds me font dire que le dos brut était aussi en attente d'une apprêture et d' arrondissure pour une reliure cuir,
mettons que cela soit un vrai Bradel.
Un vrai de vrai.
C'est en tout cas un livre entièrement gravé qui donne à lire et à chanter ces airs célèbres Vaudevilles pendant les pièces de théâtre. On y retrouve des airs de Lully, Charpentier, des pièces de Molière.
C'est un petit trésor que j'ai à conserver.
"une anthologie imprimée du dix-huitième siècle, avec le titre Recueil complet de vaudevilles et airs choisis, qui ont été chantes à la Comédie-Françoise depuis l’année 1659, jusqu'à l’année présente 1753 (Paris : Aux Adresses ordinaires, 1653). La première date semble se rapporter à l’année où l’Illustre Théâtre s'est établi au Palais-Royal – parce que la date la plus précoce citée dans la musique est 1664. Là on trouve extraits vocaux de la musique des comédies de Molière--La Princesse d’Elide (1664), du Médecin malgré lui (1666 ; voyez Planche 9) du Sicilien (1667), des Amants magnifiques (1670), et du Bourgeois Gentilhomme (1672)-- aussi bien que beaucoup d’œuvres bien postérieures.[1]
[1] Outre les susdites
pièces, ce recueil comporte la musique pour les pièces suivantes:
l’Algérien (Cahusac, 1744), Les Acteurs deplacés (Laffichard et
Panard, 1735), Attendez moi sous l’orme
(Regnard, 1694), L’Amour diable, L’Amour
charlatan (Dancourt, 1710), Amour
pour Amour (La Chaussée, 1742), Les
Bourgeoises de qualité (Dancourt, 1700), Le Bal d’Auteuil (Boindin, 1702), Crispin musicien (Hauteroche, 1674), Le Charivary, Les Curieux de Compiegne (Dancourt,
1698), Les Trois Cousines (Dancourt, 1700), Colin Maillard (Chappuzeau, 1701), Cartouche (Legrand, 1721), Les
Curieux de Rheims (Grandval, 1725), Les
Chevaliers (Legrand, 1726), Le
Consentement forcé (Merville, 1738), Le
Diable boiteux (Dancourt, 1707), Le
Divorce (Avisse, 1730), Deucalion et
Pyrrha (Saint-Foix, 1741), Esope au
Parnasse (Pesselier, 1739), L’Etranger
(Bonnet de Chemillan, 1745), L’Été des
coquettes (Dancourt, 1690), La Foire
de Besons (Dancourt, 1695), La Foire de St. Laurent
(Legrand, 1704), La Famille extravagante
(Legrand, 1709), Les Festes du cours
(Dancourt, 1713), La Françoise italienne
(Legrand, 1725), Le Fat puni
(Pont-de-Vesle, 1738), La Feste d’Auteuil
(Boissy, 1742), La Folie du jour
(Boissy, 1745), Les Trois Gascons (La
Motte, 1701), Le Galant Jardinier
(Dancourt, 1704), Le Galant Coureur
(Legrand, 1722), Les Graces
(Saint-Foix, 1744), L’Heureux retour
(Fagan de Lugny, 1744), L’Heureux
indiscret, L’Homme sans bras
(anon.), L’Impromptu de la folie
(Legrand, 1725), Je vous prends sans verd
(La Fontaine et Champmeslé, 1693), L’Inconnu
(T. Corneille et De Visé, 1676), Joconde
(Fagan de Lugny, 1740), Le Mariage fait
par lettre de change (Poisson, 1736), L’Isle
sauvages (Saint-Foix, 1743), L’Isle
des Vieillards (Grandval, 1748), Momus
fabuliste (Fuzelier, 1719), Le Moulin
de Javelle (Dancourt, 1696), Le Mari
retrouvé (Dancourt, 1698), Les
Mécontens (La Bruère, 1731), Le
Magnifique (La Motte, 1731), Les
Masques (Parmentier, 1741), La
Nouveauté (Legrand, 1727), Le Nouveau
Monde (Pellegrin, 1722), Les Nouveaux
Debarqués (Legrand, 1726), L’Opéra de
Village (Dancourt, 1692), L’Opérateur
Barry (Dancourt, 1702), Les Originaux
(Fagan de Lugny, 1737), L’Oracle
(Saint-Foix, 1740), Le Port dernier
(La Motte et Boindin, 1704), Le Prix de
L’Arquebuse (Dancourt, 1717), Le
Plaisir (Abbé Marchandier, 1747), Le
Quartier d’hiver (Bret et Villaret, 1744), Le Retour des officiers (Dancourt, 1697), Le Roy de Cocagne (Legrand, 1718), Le Rival de soi-même (La Chaussée, 1746), Sancho Pansa (Du Fresny, 1694), La
Sérénade (Regnard, 1694), Les
Souhaits pour le Roy (Valois d’Orville et Dubois, 1745), Le Triomphe du Temps (Quinault l’aîné,
1725), La Tragédie en prose (Du
Castre d’Auvigny, 1730), Les Vandanges
(Dancourt, 1694), Les Vandanges de Surene
(Dancourt, 1695), Les Vacances
(Dancourt, 1696), Le Double Veuvage (du
Fresny, 1702), L’Usurier Gentilhomme
(Legrand, 1713), Zéneide (Cahusac,
1743)."Pour qui
ces collections imprimées ? Devaient-elles servir de souvenirs de la représentation,
ou bien de support pour des concerts domestiques ?"
oui c'est exactement ces questions que je me pose sur ce livre rare dont la seule trace d'études que j'ai trouvé et dont les extraits ci dessus sont extraits est:
Les partitions théâtrales au XVIIe siècle - The University of ...
Les partitions théâtrales au XVIIe siècle - The University of ...
Quoi faire? Nous allons voir.
le respecter au maximum, boite, étui de rangement imitant le bradel avec un même papier.
Hors de question d'y toucher!
Il est complet et voici quelques photos de ce livre.
(il faut remonter en haut du blog ...)
L'emplacement des coutures n'est pas choisi par hasard.
En le posant sur le gabarit de grecquage fait au 19ème et toujours en vente à la Chambre Syndicale de la Reliure Brochure, où du moins chez les fournisseurs de matériaux pour reliure, on retrouve les repères bien en place.
A ceci près que ce sont les emplacements des points de chainettes qui se trouvent sur l'abscisse et l'ordonnée ... vieux souvenirs de mathématiques un peu déplacés ici puisque ce n'est pas un graphique mais un abaque.
Nous posons le livre sur la ligne du haut pour la tête et sur la ligne du bas, pour la queue du livre.
Cet abaque sert aussi pour la pose des faux nerfs.
https://restaurationlivreatroo.blogspot.com/search/label/Gabarit%20de%20grecquage
Si on veut retrouver le pourquoi du comment, c'est expliquer sur le gabarit.
C'est donc une question de proportion et d'esthétique. De tous les livres que j'ai dans l'atelier, pas un seul ne déroge à cet abaque, à un ou deux millimètres près, ce qui est énorme pour un relieur ... un troupeau de vaches y passe ...
Les relieurs apprentis et autres, sont plus ou moins rigoureux.
Nous reportons plusieurs fois "à l'œil" ces marques au cours de la fabrication d'un livre et il faut quelques années avant d'avoir l'habitude.
Sinon, on mesure.
C'est précis et c'est sûr.
La seconde partie de cet article peut être aussi sur ce que sont les reliures d'attente? A suivre donc ....
mardi 5 janvier 2016
Bonne Année 2016 avec Jack London
Pour cette nouvelle année, la tradition est toujours respectée dans un atelier de peur que diablotins et autres nous pourrissent un peu plus la vie!
Donc,
Bonne Année à tous les amoureux de lectures, de livres, de bibliothèques, de reliures.
Et aussi aux autres personnes et diablotins,
souhaitons qu'ils découvrent notre bel ouvrage et qu'ils se perdent dans le plaisir de lire un livre aux chatoyantes couleurs et précieuses matières. ( Que les diablotins nous laissent un peu de répit ).
Chacun a un livre de chevet, le mien, c'est "Construire un feu" J. London.
En hiver, un homme marche dans la neige, seulement accompagné d'un chien ; ce soir, il retrouvera ses compagnons qui empruntent un autre itinéraire. C'est son premier hiver au Klondike et aujourd'hui il est surpris par l'intensité du froid ....
(Wiki)
Ecrite entre 1923 et 1934, les récits sur le Grand Nord sont parus de façon épisodique.
http://www.jack-london.fr/pages/toutSavoir/bio.php
Donc,
Bonne Année à tous les amoureux de lectures, de livres, de bibliothèques, de reliures.
Et aussi aux autres personnes et diablotins,
souhaitons qu'ils découvrent notre bel ouvrage et qu'ils se perdent dans le plaisir de lire un livre aux chatoyantes couleurs et précieuses matières. ( Que les diablotins nous laissent un peu de répit ).
Chacun a un livre de chevet, le mien, c'est "Construire un feu" J. London.
En hiver, un homme marche dans la neige, seulement accompagné d'un chien ; ce soir, il retrouvera ses compagnons qui empruntent un autre itinéraire. C'est son premier hiver au Klondike et aujourd'hui il est surpris par l'intensité du froid ....
(Wiki)
Ecrite entre 1923 et 1934, les récits sur le Grand Nord sont parus de façon épisodique.
http://www.jack-london.fr/pages/toutSavoir/bio.php
dimanche 20 décembre 2015
La dorure des tranches.
Dans un ancien numéro de Métiers d'Art en Septembre 1991, Julien Fléty, auteur d'un dictionnaire sur les relieurs français, édité en 1988 aux éditions Technorama, fait un reportage sur cette dorure.
Il place l'origine de la dorure à la première moitié du 15ème siècle avec une généralisation au 16ème.
Elle est exécutée à froid, sans opération de chauffe comme sa parente, la dorure sur cuir.
La dorure à froid sur cuir est trompeuse: Bien qu'elle se nomme "à froid", l'outil à dorer est chauffé et laisse une empreinte qui restera sans or, d'où le terme à froid.
(La dorure à froid ou procédé « à froid naturel », s’obtient en humidifiant la peau, puis, le fer chauffé au rouge, refroidi sur une éponge humide pour ne pas brûler le cuir, est appliqué sur la peau mouillée. Par réaction à la chaleur, la peau brunit. La dorure à froid, utilisée pendant tout le Moyen Âge, est abandonnée au profit de la dorure à la feuille d’or qui apparaît en France à la toute fin du XVe siècle. Elle réapparaît au XIXe siècle avec des décors d’une subtile harmonie mêlant dorure à froid et dorure à l’or.) Source: http://irht.hypotheses.org/441
Il faut faire une distinction avec la dorure sur tranche industrielle. Celle faite sur les livres dans nos ateliers n'utilise pas de machines.
Les outils sont: Des presses en bois, dites presses allemandes (en raison vraisemblablement de leur origine allemande), des ais, des grattoirs en acier, (identiques aux raboteurs de parquets), des plateaux de mises en presse, des agates appelées aussi brunissoirs, dents carrés, des coussins à or, des couteaux à or, chiffons, papiers de verre 000 des cartes à coucher l'or, éponges, brosses, ciseaux, bol d'Arménie, blanc d'œuf.
La mise en presse, la gratture, l'assiette, faite de bol d'Arménie: blanc d'œuf, terre de sienne brûlée et eau, "le tout battu et filtré" (4 blancs d'œuf par litre d'eau), la couchure de l'or, la brunissure.
M. Fléty conclut en disant que bien que d'apparence très simple, ce métier requiert des qualités de patience et une longue formation parce que les connaissances théoriques ne suffisent pas ... un peu comme dans tous nos métiers: c'est la pratique qui fait foi.
On trouvera aussi d'autres recettes dans l'incontournable Manuel Roret de la reliure:
-
- "Le volume étant serré entre deux ais plus épais d’un
- côté que de l’autre, on prépare la tranche pour re-
- cevoir l’or et pour le retenir.
- Pour cela, on l’encolle avec de la colle de pâte fraî-
- che, qu’on laisse sécher, puis on la gratte avec un
- grattoir, et on la brunit en frottant en travers avec la
- dent, jusqu’à complète siccité.
- On passe ensuite sur la tranche une couche de bol
- d’Arménie, préalablement dissous dans de l’eau
- additionnée de blanc d’œuf, puis on la brosse pour
- la faire reluire. C’est alors qu’on applique une cou-
- che légère de blanc d’œuf étendu de dix fois son
- poids d’eau, ce qu’on appelle glairer ; le blanc d’œuf
- joue ici le rôle d’assiette et retient l’or, qu’on a soin
- de poser avant qu’il soit sec.
- On laisse sécher imparfaitement, puis on fixe l’or
- au moyen d’un pinceau lisse qu’on promène sur la
- tranche, sur laquelle on frotte de nouveau avec la
- dent à brunir. On laisse sécher entièrement, puis on
- brunit encore une fois sur l’or même.
- Pour dorer la gouttière, on commence par la ren-
- dre bien plate en appuyant sur les mors des deux
- côtés et en laissant tomber les cartons par derrière,
- puis on met le volume en presse entre deux ais.
- Pour appliquer l’or, on le coupe de la largeur du
- volume à dorer avec un couteau de doreur et on le
- dépose sur le coussinet ; on enlève ensuite l’or avec
- un morceau de papier non lissé, ou avec une carte
- dédoublée. La feuille d’or s’attache au duvet de ce
- papier, ce qui permet de la transporter facilement
- sur la tranche où elle se fixe ; on l’étend en souf-
- flant dessus et on l’assujettit avec de l’ouate.
- DORURE ET GAUFRURE. 269
-
- On prend aussi quelquefois la feuille d’or avec le
- compas à longues branches coudées, ou bien avec un
- de ces pinceaux plats, qu’on nomme palettes.
- La gouttière dorée, on dore de la même manière
- la tête et la queue, après avoir fait descendre les
- cartons au niveau de la tranche. On incline les volu-
- mes dans la presse, du côté du dos ; on les serre
- chacun entre deux ais qui garantissent les mors.
- On laisse sécher la dorure à la presse (il faut six
- heures environ), après quoi l’on brunit avec une
- agate en travers du volume ; ce brunissage doit être
- fait légèrement et avec précaution pour ne pas en-
- lever l’or, et bien également pour ne pas faire de
- nuances.
- Quand le brunissoir a été promené partout, on
- passe très-légèrement sur la tranche un linge très-fin
- et enduit d’un peu de cire vierge, après quoi on bru-
- nit de nouveau, mais un peu plus fort. On recom-
- mence cette opération plusieurs fois, jusqu’à ce qu’on
- n’aperçoive aucune onde faite par le brunissoir, et
- que la tranche soit bien unie et bien claire.
- Les ébarbures de l’or s’enlèvent avec du coton en
- rame que l’on jette dans la caisse au-dessus de la-
- quelle se font toutes les opérations de la dorure.
-
- Au lieu de procéder comme ci-dessus, d’autres
- préfèrent opérer de la manière suivante :
- Après avoir serré le volume dans la presse, on le
- glaire légèrement et on laisse sécher. On donne en-
- suite une couche très-mince d’une composition obte-
- nue en broyant à sec un mélange de parties égales
- de bol d’Arménie, de sucre candi et d’une très-petite
- quantité de blanc d’œuf. Quand cette couche est sèche
270 DORURE ET GAUFRURE.
- on gratte et l’on polit, puis, avant d’appliquer l’or,
- on mouille la tranche avec un peu d’eau pure, et l’on
- appuie les feuilles d’or comme il a été dit. Enfin,
- quand celles-ci sont sèches, on polit avec la dent
- de loup.
- Dans le système de Mairet, on procède comme il
- suit :
- « La première opération de la dorure se fait en
- rognant le volume, sur la tranche duquel on passe,
- au pinceau, avant de le sortir de la presse, une
- bonne couche de décoction safranée. Ce liquide, qu’on
- emploie tiède, se prépare en faisant bouillir dans un
- verre d’eau une pincée de safran du Gâtinais ;
- puis en ajoutant à la décoction retirée du feu, gros
- comme une noisette d’alun de roche pulvérisé, et un
- peu moins de crème de tartre. On met cette couleur
- sur chaque côté du livre à mesure qu’on le rogne, et
- avant de desserrer la presse, afin que la couleur ne
- pénètre pas trop profondément, ce qui pourrait
- tacher les marges.
- « Quand la tranche est bien sèche, on la serre
- entre deux ais étroits, dans la presse à endosser, en
- faisant pencher la gouttière un peu du côté de la
- queue, et les bouts du côté du dos. Cette précaution
- est nécessaire pour que la couleur s’écoule de ma-
- nière à ne rien gâter. Alors on gratte la tranche
- pour la dresser et l’unir parfaitement, tout en ayant,
- soin de ne pas la toucher avec les doigts, dans la
- crainte de la graisser et d’empêcher l’or de tenir.
- « On s’occupe ensuite d’une autre opération. On pile
- dans un vase plusieurs oignons blancs, et l’on en
- exprime le jus dans une grosse toile. Alors, sur la
- tranche grattée et brunie à l’agate, on donne succes-
- sivement trois ou quatre couches de jus d’oignon ;
- DORURE ET GAUFRURE. 271
- on frotte aussitôt fortement, et jusqu’à siccité, avec
- une poignée de rognures bien douces, ne cessant que
- lorsque la tranche fait glace partout et présente un
- beau brillant.
- « C’est alors qu’elle est prête à recevoir le blanc
- d’œuf appelé mixtion pour attacher l’or, et obtenu
- en battant un blanc d’œuf dans deux fois son volume
- d’eau à laquelle on a ajouté huit gouttes d’alcool. Ce
- mélange doit être battu avec une fourchette de bois
- jusqu’à consistance d’œufs à la neige, puis reposé et
- passé à travers un linge très-fin. La liqueur qu’il a
- produite peut se garder quelques jours, à condition
- d’être passée à travers un linge chaque fois qu’on
- veut s’en servir.
- « Cette mixtion doit être posée une première fois
sur la tranche avec un blaireau plat de poils de rat
- ou de cheveux. Cette première couche sèche, on
- frotte légèrement avec des rognures douces, puis on
- souffle afin qu’il ne reste rien de sali. On donne en-
- suite une seconde couche, de manière à ce que la
- mixtion fasse glace partout, puis on pose immédia-
- tement l’or avec la carte. On a dû éviter, en appli-
- quant la mixtion, de passer le blaireau plusieurs
- fois sur la même place, car cela ferait faire des bulles
- et lor ne s’attacherait pas sur ces points.
- « Le brunissage à l’agate a lieu ensuite après
- siccité complète. On connaît que la tranche est
- assez sèche quand lor a pris une teinte uniforme,
- et brille partout également. On y passe alors à nu,
- sur toute la surface, le gras de l’avant-bras pour
- amortir l’or, et faire mieux glisser le brunissoir.
- On passe l’agate, puis on termine comme précédem-
ment. »
Et ainsi de suite.
Source: https://fr.wikisource.org/wiki/Manuel-Roret_du_relieur_-_PII-chap4%C3%A06#.C2.A7.1._--_DORURE_SUR_TRANCHE.
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