La reliure selon Vladimir Tchékéroul

La reliure selon Vladimir Tchékéroul
On a le droit et le devoir de maintenir un niveau d'exigence haut, place au concret et à la recherche d'indices pour connaître les livres....
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jeudi 20 février 2025

Aventure de relieur avec l'aventure editoriale du siècle des Lumières.

 Deux volumes avec des manques de cuirs:








A priori décoller le dos, et reposer ensuite sur le nouveau dos en cuir ne devait pas poser de problème.

C'était sans compter sur la fragilité du cuir collé avec une colle très dure et très cuite sur la moitié du dos.

Avançant tout de même, parce que déjà bien entamé, je n'ai pu reussir à garder intacte la dorure, entiers les caissons.

Trop de confiance en soi nuit.

Soit je refaisais faire un dos à la dorure à l'identique, dépareillant les 35 volumes.

Soit je n'y touchais pas.


Il faut donc remonter ce dos avec le poids de l'échec, en faisant du mieux possible.

En sachant qu'on ne fait pas de miracles. J'appelle tout de suite le propiétaire des livres, qui compréhensif, s'excuse presque de m'avoir confié un livre en si mauvais état.














Quelques reprises de dorure avec les moyens que j'ai, le rende présentable.
Sa solidité est assurée par le dos en cuir refait.
Les tranchefiles tiennent le corps d'ouvrage qui s'était déformé avec le temps et les mauvaises manipulations, mauvais stockages.
Des traces de mouillures, un cuir aussi sec a subi la chaleur de trop près, l'eau.

La coiffe et la tranchefile arrachées ne tenaient plus le corps d'ouvrage très peu apprêté.

Il est reparti pour quelques années chez un passionné des livres, érudit du commerce au 18ème siècle, passionnant à écouter.
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Si je décide de montrer les reussites comme les échecs de mon travail ou ce que je considère comme un échec, c'est pour casser le mythe de l'artisan doué par nature qui, tel un magicien, redonne une vie aux livres.

On pouvait faire appel à la feuille d'or à Paris mais pour quel prix?
Le projet de départ que j'ai mal évalué est la raison de ce sentiment d'echec que j'ai.

Personne n'y échappe surtout en matière de restauration.
Respecter le travail qui a été fait sur ces livres qui ne sont que des objets de travail en premier, qui sont devenus des objets marchands ensuite auréolés d'une espèce de magie construite par des marchands et des financiers, est toujours le premier point.
Quand on ne peut pas sauver un dos ... on ne peut pas.
Aussi, je m'adresse aux jeunes relieurs débutants, une clientèle arrive avec toute sorte de livres de qualités toutes différentes qu'il faut traiter en fonction de ce que vous savez sur le moment, puis ce que vous avez à disposition dans votre atelier.

Il faut y mettre des moyens et c'est assez difficile en 2025.
Parce que les doreurs se trouvent dans les villes, que les délais sont toujours très longs chez le relieur déjà, la dorure est aussi chère que la reliure. Que nos métiers résistent mal à l'absence de formation longue en reliure.
Cinq ans d'apprentissage diminuant à 3 puis 6 mois puis 15 jours puis une option....

Certains livres ne resteront pas mais d'autres, oui et c'est le relieur qui doit sentir et savoir que faire sur les livres qu'on lui apporte.

A trop donner le pouvoir à l'argent qui permet d'acheter, le relieur est tombé dans une espèce d'espace inaudible.
Quand il ne peut plus faire son travail, alors il est mauvais ... puis à force de communication, il revient.
Et ainsi, le problème de la confiance est un enjeu primordial.

Sans confiance, on ne peut rien faire...






Dans tous ces cas là, je sentais les matériaux. Il a fallu beaucoup de recul pour imaginer le déroulement de la restauration.
Un manque de recul et des harcèlements incessants dans ce monde agité qui isole les personnes, sont autant de freins pour les artisans que nous sommes.



























Ne pas se décourager.




mardi 10 décembre 2019

Retour de 11 ans sur une restauration.

Il y a 11 ans, je décidais de restaurer ce livre qui est un tome dépareillé.
Très abîmé, vous pouvez regarder cet article sur la restauration complète:
https://restaurationlivreatroo.blogspot.com/2014/11/abbadie-le-retour.html




L'intérêt d'une telle démonstration n'avait alors qu'une valeur de pédagogie pour les réseaux où je diffusais ce lien.
Et c’est vrai, le livre ne vaut pas le coût de consacrer autant de matière et de temps .. il n'en vaudra jamais le coût étant dépareillé. C’est un tome 2.
L’intérêt est aussi moyen si ce n’est que c’était la lecture préférée de Mme de Sévigné et qu'un livre ancien est toujours digne d’intérêt.

D'un point de vue affectif, c’est autre chose: il m'a été offert par Jean Louis, invité  au vernissage de l'atelier en Juin 2008, comme témoignage de son amitié et de notre partage du gout du livre ancien.
Pour que je m'y exerce.

J'y tiens.

Cet article est là non pas pour enfoncer une technique de restauration, auquel cas je me ferais du tort à moi même, mais plutôt pour relativiser les critiques qu'on entend quand un client se plaint de voir la restauration ne pas tenir, vieillir mal .. etc .. alors qu'il a payé des milles et des cents .. Normal, c’est difficile comme métier.
Et nous avons une véritable expertise face à des matériaux que nous travaillons.

Le livre est vivant: cuir, papier, encre, ficelle de chanvre: des matériaux vivants qui subissent le temps. On a fait d'ailleurs souvent une analogie avec le corps humain: peau, dos, nerfs, ossature ...

Si j'avais du faire payer cette restauration en 2008, elle aurait coûté à un client potentiel entre 800 et 1000 euros.
Aujourd'hui 1200.

Regardons maintenant, avec onze ans de recul, ce que devient le livre conservé dans des conditions optimums: je ne suis pas professionnelle pour des cacahuètes.
Températures ni trop fortes ni trop faibles: entre 18° et 25°
Humidité relative: Entre 45° et 65° .. ce qui est trop mais comment faire avec les périodes de canicules et d'effet de serres...?
pas de poussières,
pas de nuisibles,
pas de soleil,
pas trop de lumières.
Conservé dans une bibliothèque en bois avec inspection tous les ans, ménage à fond ( enfin presque) et huile de cèdre de Virginie.

Pour moi, on voit la restauration et on la verra de plus en plus.




Il manque un peu de cire. Mais au risque de pénétrer toujours plus profond et d'atteindre les cartons puis le papier.

Il s'ouvre toujours de la même façon.

On note une fissure qui se forme ... mais dans l'ensemble il va.

Tout a bien tenu.

La différence de couleur entre le cuir d'origine et le cuir teinté est un peu plus prononcée.

C’est peut être la photo qui tue: le dos en effet se décolle .. et on y peut rien. Il faudra recoller.

Quel est donc le bilan: plutôt bon.
Si je ne recolle pas le dos, il va continuer de se décoller puis tomber.
Il faut dire qu'en 11 ans, je l'ai ouvert 11 fois ... quand aurait-il été si je l'avais consulté régulièrement, le posant n'importe où, sans faire attention à la manipulation?

Parce que c 'est cela qu'il faut intégrer: on peut faire toutes les plus jolies restaurations du monde, si les livres ne sont pas conservés correctement, ni manipulés de façon attentive ... la restauration en tiendra pas parce que votre livre est un objet avec des matériaux vivants.
Prêter attention et en avoir conscience.
Respecter.

Tout en manipulant de façon normale ... c’est un livre et il doit être ouvert, lu, mis en valeur.
On peut se demander si une reliure moderne, sobre ne serait pas plus rentable à terme?

Conserver la reliure c’est bien .. mais le fétichisme n'a aucun intérêt.
Parfois il faut juste refaire avec de beaux matériaux: parchemin, le vélin étant interdit aujourd’hui par les normes d'hygiène, cuir de veau fauve ou naturel, ou noir, ou bleu nuit, un beau papier marbré.

Ce sont des repères que vous trouverez aussi auprès de restaurateurs relieurs et des libraires.

Un salon dans la librairie...

​il ne s'agit pas d'une manifestation ou d'exposition prévue dans l'atelier mais plutôt une transformation qui prend corps. ...