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lundi 21 décembre 2015

De la qualité des cuirs utilisés en reliure.

En reliure, on parle de cuir  mais beaucoup plus de peau:
Envoyer les peaux à parer, découper les peaux.
Affûtage à la main du couteau à parer sur une peau retournée et enduite de crème pour barbier.

Façon de tenir le couteau à parer.








Les photos qui montrent comment on utilise le cuir mettent en évidence ses qualités: Souplesse, solidité.



Le vocabulaire qu'on utilise est aussi important que ce qu'il désigne: c'est une façon de dire que vous êtes du métier et que lorsqu'on vous parle, vous comprenez que vous appartenez à un corps de métier qui a sa fierté et ses codes. Vous savez faire.

Un geste, un mot, une étape.
Un mot, une catégorie, un geste.

Par exemple parer une peau (de façon mécanique avec le métier de pareur fera l'objet d'un autre article) signifie que vous dédoublez le cuir qui va servir à la couvrure.
C'est un geste courant dans l'atelier, ( mais aussi un autre métier: pareur.)

Cela signifie que vous aurez choisi un cuir qui est de qualité.
L'étape est entre le ponçage des plats et du dos et la couvrure.

Le cuir, donc, que nous utilisons doit être souple, et solide à la fois, c'est à dire pas trop sec, la chair, le derme, doit être un peu riche et homogène pour que nous puissions entrer dedans avec le couteau à parer facilement. Le coté fleur, l'épiderme quant à lui, doit être fin, régulier, mat et agréable à l'œil comme au toucher.
Mais la qualité principale, c'est la perméabilité de la peau qui, enduite de colle, côté derme et, humidifiée côté épiderme, sèche par capillarité et se retend sur le corps d'ouvrage créant la bonne tension à cette reliure.
On le sent, le vocabulaire est gourmand, sensuel tout comme la peau et le plaisir à choisir, savoir choisir.

Les peaux d'aujourd'hui ne sont plus tout à fait traitées de cette façon.
Et on n'y peut rien, c'est la marche industrielle du monde qui donne le "la" à des petits fabricants qui .... finissent par fermer leurs portes. Des soucis de normes aussi font que certaines peaux telles que le vélin, veau mort né, ne sont plus disponibles à la vente pour des raisons sanitaires. Ils partent directement à l'équarrissage.

J'ignore si aujourd'hui les tanneries fonctionnent encore de cette façon: Traditionnellement les cuirs étaient divisés en deux parties:
La tannerie pour les grandes peaux de vache et de grands veaux.
Les mégisserie, chamoiserie, parcheminerie, corroierie pour les petites peaux de moutons, de chèvres, de petits veaux.
Cette dernière catégorie de petites peaux nous intéresse parce que c'est elle qui produit les peaux pour la reliure. Ou qui produisait.

Ces différents renseignements sont extraits de trois sources:
Arts et métiers du Livre 1996 qui s'est inspiré de Métiers du livre N° 44 et les matériaux du livre médiéval Bibliologia N°30.

Le tannage à l'alun est connu par les chinois dès l'an 3000 avant Jésus Christ, il sera amélioré par les romains et c'est en 1160 que les premières corporations de tanneurs apparaissent.
1324, Corporations des mégissiers, tandis que des brevets protégeant les secrets de fabrication n'apparaissent qu' en 1840. Avant cette date, chacun se garde ses secrets.
Ce qui fait qu'aujourd'hui les questions posées par l'équipe de chercheurs de Bibliologia trouvent leurs sources dans ces mystères de pratique.
Claire Chahine, dans son compte rendu "le dédoublement de la peau", commence son exposé par une référence à un savant juif qui vivait dans l'Egypte au 12 ème siècle, Maïmonide.

Je vous passe les termes techniques en araméen, mais la procédure est déjà la même:
Une peau dont on enlève les poils, qui macère dans un bain de sel, travaillée à la farine et ensuite à la noix de galle. En Europe, la noix de galle est remplacée par la chaux à partir du 12 ème.
Les peaux sont fendues en deux et retravaillées de la même façon.
Deux peaux sont obtenues: doublure, côté chair et côté fleur.

Dans mon atelier cela donne ceci: la doublure qui me sert pour protéger et envelopper le livre à peine couvert. Elle peut aussi servir de garnissage dans les étuis et boites quand elle est régulière et jolie à l'œil. Et les peaux prêtes à couvrir après rectification de la parure .
Doublure, chair


Peau à couvrure, coté chair derme, venant de chez le pareur qui a dédoublé cette peau.



Peau à couvrure côté fleur épiderme.


La même peau ni dédoublée ni parée;
la finesse de la peau parée à 5/10ème permet d'avoir des reliures fines.

Peau de chèvre Chagrin côté fleur.

Peau de chèvre Chagrin côté chair.

La même peau parée côté fleur.

La même peau côté chair et parée de façon mécanique non encore rectifiée à la main comme les photos tout en haut.



Une interrogation demeure quant aux pratiques anciennes: ils n'étaient pas outillés de façon à obtenir une doublure et une peau. Au 17ème, un mégissier interrogé sur sa pratique dira que s'il avait pu obtenir deux peaux pour le prix d'une ne l'aurait-il pas fait .....
Le doute subsiste quant à la façon de faire, mais des expériences faites ont montrées qu'une petite peau de chèvre pouvait être dédoublée à cause de l'affaiblissement du derme dans la jonction épiderme et derme réticulaire et papillaire, et hypoderme, une peau grasse donc, et une fermentation végétale avec un tannage superficiel.
Le couteau à parer bien que non mentionné comme dès le Moyen Age apparait tout de même sous le terme lame.
Et quand je regarde mon couteau à parer, on voit que c'est une lame de rabot retournée.
Les relieurs ont adapté les outils du bourrelier, de l'ébéniste, les ais, planchettes de bois en sont le plus simple exemple. Le couteau à parer-rabot aussi.

Aujourd'hui, il semble que les procédés de nettoyage et de fermentation des peaux ne puissent pas se passer de chimie au cours de ces opérations de tannage, en raison de l'aspect trop mou du cuir. Des résines synthétiques sont donc réintroduites pour redonner un peu plus d'élasticité et de résistance.






Le corroyeur est la personne qui reçoit les peaux et vérifie la qualité et en égaliser les épaisseurs (dérayer)Avant de teinter les peaux, il effectue plusieurs opérations de tannages et de nourritures pour obtenir une peau de qualité. Les termes de coudreuse, foulonnage, mise au vent ne vous diront rien. Les peaux vont être étirées, flanchées, avec un après à base d'albumine, elles seront lissées, glacées, séchées, racinées teintées jaspées, satinées ... etc etc ...
L'ouvrier corroyeur chagrineur a pour tâche de remonter les grains de la peau un à un avec un outil appelé paumelle légèrement cintré et recouvert de liège côté convexe sur une peau humide. Il travaille en quartier, huit.
Il laisse la peau sécher et recommence aussi souvent jusqu'à obtention d'une peau régulière.

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Racinage à la main.





Les cuirs que nous utilisons sont :
- La basane: peau de mouton tannée, terme usité dès le 12ème.
- Le chagrin, à l'origine, il s'agit de cuir fabriqué à partir de la croupe d'un équidé, alors qu'aujourd'hui c'est de la peau de chèvre dont le grain a été remonté.
Ainsi chez Relma, ou ailleurs APG, SOFIC, HEBRARD, et encore ailleurs, il existe beaucoup de bons fournisseurs encore en France, vous trouverez de la peau chagrinée.
Le métier de chagrineur a disparu au profit de plaque d'impression.
(sauf erreur de ma part et si ces personnes veulent bien me pardonner et me donner les bonnes informations afin que je rectifie ou augmente mon article.)

- Le cuir de Russie: est une peau dont la spécificité est l'utilisation d'une huile essentielle de bouleau aromatique, la bétuline.




Maison rustique du XIXe siècle: Arts agricoles. 1836. Agriculture forestière ...Par Charles Bailly,Alexandre Bixio,François Malepeyre,Alexandre Ysabeau






- Le cuir mégissé:

Un tannage à l'alun à l'origine. Aujourd'hui il désigne des peaux blanches aussi bien de mouton, de chèvre aussi bien pour des petites peaux

- Le maroquin: peau de chèvre du Maroc, qui ne sont pas les peaux maroquinées fabriquées avec d'autres petits animaux et dont un motif à gros grain a été imprimé.

De la même façon une chèvre Oasis est une dénomination commerciale dont le grain est resté assez naturel.

- Le parchemin et le vélin.



Dans l'ensemble, on peut résumer ces opérations qui aujourd'hui sont réalisées dans de grands volumes avec des machines de cette façon:
Bain de trempe, reverdissage, traitement aux sulfures et à la chaux, obtenant des tripes, séjour des tripes dans des pelains , écharnage, déchaulage, confit, c'est à dire bain d'eau aigrie au son, tannage végétal au
sumac, [les feuilles servent au tannage des peaux. Il tire de cet usage sont qualificatif « des corroyeurs », le corroyeur étant l'artisan qui apprête le cuir.
L'écorce et les racines donnent des colorants (jaune à orangé pour l'écorce et brun pour les racines)], au
quebracho, au châtaignier qui assure la perméabilité.
Reste qu'aujourd'hui la plupart des cuirs ne sont pas perméables.


Il y a aussi une confusion entre la teinture aniline et le traitement aniline:
L'aniline étant: Crystalline, cyanol, ben­zi­dam et fina­le­ment le A de BASF, à l’égal du phénol dans la saga de la chimie indus­trielle de la seconde moitié du XIXème siècle, l’ani­line est le pre­mier repré­sen­tant de la famille des amines aro­ma­ti­ques, pré­cur­seurs de colo­rants, de poly­mè­res et de prin­ci­pes actifs en santé humaine, ani­male et végé­tale.

L'aniline a été,
au XIXe siècle, a la base du développement de l'industrie des colorants de synthèse, servant pour produire une grande quantité de bleus, violets, mauves et rouges, et quelques noirs, bruns et verts.En 1834, Friedrich Runge parvint à isoler du goudron de houille une substance qui une fois traitée par du chlorure de chaux prend une couleur bleue.

Son intérêt commercial originel vient de sa capacité à teindre avec un bon rendement.
Les colo­rants à base d’ani­line sont tou­jours recher­chés et employés pour tein­dre les plus belles peaux, dites cuir à l’ani­line. Au départ, l’ani­line et les autres com­po­sants en solu­tions aqueu­ses péné­traient dans la peau à tein­dre et réa­gis­saient donc in situ, lais­sant intact le grain de la peau. Les peaux sont « plongées » dans un bain de pigments.


Et le traitement aniline est une opération de finition qui rend le cuir peu fragile.

À cette étape, le cuir va acquérir des propriétés spécifiques, notamment sur la texture et son aspect. Ces propriétés permettent d’uniformiser les cuirs. Selon les utilisations, on distingue le finissage aniline, semi-aniline et le finissage pigmenté.
Le finissage aniline met en valeur la surface du cuir en le recouvrant d’un produit transparent. C’est un cuir qui a un très bel aspect, mais dont l’entretien demande une attention particulière. Le cuir semi-aniline est couvert d’une couche de pigment légèrement opaque et d’une couche de produit translucide, ce qui permet de cacher de petits défauts. Le cuir pigmenté est recouvert uniquement d’une couche de pigments opaque. Il est facile de l'entretenir et peu sensible à l’eau. (source WIKI.)

Vous avez compris, peu sensible à l'eau veut dire que le coller à la colle de pâte est une ineptie et qu'il n'y a pas de séchage par capillarité.
Ces différences font que les couts sont moindres.

Aujourd'hui, les fabricants vont encore plus loin puisqu'ils proposent du cuir reconstitué au M2 pour une vingtaine d'euro, alors que j'achète des peaux véritables entre 70 et 250 euros le M2.
Tout ceci fait que vous devez connaître les cuirs pour choisir un bon artisan qui connait ses fournisseurs et leur fait confiance.


Quelques peaux:





Mouton mégissé, tanné à l'alun.

Détail de la peau mégissée.

Idem.

Parchemin chèvre grise.

Parchemin mouton.

Parchemin chèvre beige.

Chagrin. Peau teintée aniline et non finition aniline.
Le grain est mat et très apparent, la peau est perméable.

Veau havane.

Basane.

Oasis.

Buffle mat et poncé.

Garde volante en doublure de peau parée.

Pakistan, Chèvre équivalent Maroquin.

Vélin, Veau mort né. Cette peau est d'un ancien stock de l'atelier. Aujourd'hui vous ne pouvez plus en avoir.



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