La reliure selon Vladimir Tchékéroul

La reliure selon Vladimir Tchékéroul
On a le droit et le devoir de maintenir un niveau d'exigence haut, place au concret et à la recherche d'indices pour connaître les livres....

samedi 11 juin 2022

Antonin ou les filles, la religion et l'amour. 2

 A suivre ...
Après avoir lavé ce joli petit livre, il fallait réparer page à page les fonds de cahiers, toutes les déchirures à la Tylose chauffée avec une spatule chauffante, du papier japon et de la pelure de soie.
Entre 9 grammes et 30 grammes selon la nature de la réparation.
C'est un peu au "jugé".
Tandis que certains fonds sont totalement déchirés, ils nécessitent un onglet au japon déchiré à l'aide d'une règle.
Les déchirures se font traditionnellement avec de la pelure suivant l'emplacement, s'il y a du texte ou non, la pelure 9 grammes est adaptée, jusque 15 grammes environ.

Vous trouverez des pochettes A4 avec plusieurs types de japon et pelures chez Jacques, les papiers de Lucas.

Echantillons (set et nuancier) - Les papiers de Lucas (les-papiers-de-lucas.com)






Voilà Antonin et consorts...







C'est un recueil factice ou plusieurs livres libertins ont été reliés ensemble.
Impossible de savoir si c'est une pratique éditoriale ou si c'est un ancêtre du possesseur qui les a fait relier ensemble.
Il faudrait vérifier sur la BNF ou tout autre site de numérisation qui possède ce livre dans son catalogue.
Chercher aussi, l'irrévérence au 19ème avec les capucins.
Je ne suis pas aller au bout de cette recherche, mais il me semble bien que c'est un sujet important en philologie.

La reliure, en piteux état, date de l'époque du livre, c'est à dire 19ème tardif et non comme indiqué par la fausse date.
De même, la ville d'impression est fausse.
Les livres soumis à la censure étaient ainsi édités sous le manteau.










Un exemple de réparations de déchirure au japon.
On verra toujours un peu par transparence, suivant la nature du papier, c'est plus ou moins discret.
















Pour notre Antonin, il passe quelques jours en presse, un ébarbage léger, et une couture traditionnelle pour en refaire un livre proche de ce qu'il a été.

A suivre , Bon samedi à vous.






vendredi 10 juin 2022

Des aventures éditoriales. 2 Horace.

 Sur la base des livres de l'atelier ou de la petite librairie, nous partons à l'aventure des éditions et des imprimeurs.
Comparons déjà deux éditions ou plusieurs noms de libraires apparaissent:

1768 Chez Desaint rue du Foin
Avec une mention en fin, de l'imprimerie de Michel Lambert

1763 Chez Desaint et Saillant rue S. jean de Beauvais

Ces deux mentions nous disent déjà beaucoup sur la succession, la collaboration, l'apprentissage, entre imprimeurs libraires.

La typographie est totalement différente entre les deux exemplaires, similaires en tout point pour le texte.
Les ornements typographiques sont différents, bien qu'on sente que le plus récent ait servi de modèle.

Coté extérieur, les reliures semblent être les mêmes mais les outils de dorure, la façon dont sont placés les fleurons nous disent que ce sont deux ouvriers différents qui ont travaillés.
De même pour la "qualité" plus aboutie pour le plus récent.
Bien que le plus ancien d'un point de vue des canons de dispositions de la dorure sur le dos, les mesures sont mieux respectées. 

A votre regard, les photos:


























Afin d'aller plus en avant dans la compréhension de ces livres, il convient de comprendre pourquoi on trouve autant de livres d'Horace.
Puis de constituer les raisons de ces changements de page de titres, de typographie, de faire l'histoire de ces livres en partant des éléments matériels.
Pourquoi ces deux livres, plus ou moins courants?

Parce que justement ils sont courants, souvent négligés, délaissés et qu'il faut sauver certains de ces livres en leur redonnant une histoire compréhensible. Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas rares qu'ils ne sont pas dignes d'intérêts.
Lit-on encore Horace à l'école?

"Horace n'est pas un raconteur d'histoires, un inventeur de fables, mais un poète humaniste avant la lettre, à la fois critique et créateur, théoricien et praticien de la poésie, auteur d'un art poétique et modèle inégalé de poésie lyrique, mais aussi satirique et épistolaire : d'une poésie à la première personne très souvent réflexive."

















mercredi 8 juin 2022

La petite bibliothèque Charpentier

Dans la même série des petits livres en plusieurs états, la petite bibliothèque Charpentier qui n'a pas toujours été bien conservée, est ravissante sur mes étagères. De la même façon que les petites éditions stéréotypées, les exemplaires reliés l'ont été.

 "La « Petite bibliothèque Charpentier », qui fait son apparition en 1876 avec deux ouvrages d’Alfred de Musset, est définie comme une « collection de chefs-d’œuvre ». La nouveauté réside dans l’adoption d’un format réduit, « petit in-32 de poche », à 4 francs le volume broché. Chaque volume est accompagné d’une ou plusieurs illustrations, sous forme d’eaux-fortes en pleine page, souvent placées en frontispice ou entre deux chapitres. Cette collection fait également l’objet de tirages de luxe. La part de la « Petite bibliothèque Charpentier » dans l’ensemble des éditions illustrées ne cesse de progresser. Les illustrateurs sont des artistes en vogue dans la presse et l’édition illustrée, comme Georges Jeanniot et Georges Rochegrosse, dans un style éclectique qui ne brille pas véritablement par sa modernité10. Pour cette collection, la recette est simple : publier des auteurs déjà renommés (Musset, Gautier, Daudet, Goncourt, Maupassant pour les plus jeunes) ou particulièrement prolifiques comme André Theuriet (vingt-deux titres publiés chez Charpentier). Après 1880, seuls 17 % des titres sont des nouveautés, ce qui fait de la « Bibliothèque Charpentier » un condensé des classiques du XIXe siècle voulus par Gervais Charpentier, auxquels Georges Charpentier a apporté une dimension artistique en phase avec les goûts de son époque et de son milieu. Malgré son format réduit, avec une couverture dépourvue d’ornement qui doit laisser la place à la reliure et un tirage de tête sur papier de luxe, la collection regarde davantage du côté des livres de luxe que de celui des romans populaires."


Source:
Le Livre entre le commerce et l'histoire des idées - La maison Charpentier de 1875 à 1896 d’un catalogue à l’autre - Publications de l’École nationale des chartes (openedition.org)




Les Bibliothèques, entre imaginaires et réalités - La Bibliothèque Charpentier - Artois Presses Université (openedition.org)




Firmin Didot.

 Je collectionne les petites éditions stéréotypes Firmin Didot.

Quelques exemples:


Une des particularités est le petit format, peu encombrant, souvent bien relié entre 1800 et 1830, on les trouve aussi en état initial au sortir de l'imprimerie.

Voici deux liens pour approfondir vos connaissances sur cette famille prestigieuse, inventive, qui fut liée à l'Institut de France.

"V. Firmin DIDOT (1764-1836) « Firmin Didot est la personnalité centrale de cette famille » écrit A. Jammes. Graveur et fondeur de caractères de formation, il avait, à l’âge de dix-neuf ans, gravé le caractère italique utilisé par son frère Pierre. Il devint à son tour libraire et imprimeur. Plus érudit que son frère, il aimait les grands textes et surtout les auteurs anciens. Le 16 octobre 1811, l’Institut impérial, réuni en séance plénière, le désigna comme imprimeur attitré en remplacement de Baudouin. Au nombre des obligations de Firmin Didot se trouvait celle de faire imprimer à l’Imprimerie impériale, à ses frais, tous les mémoires de la classe d’histoire et de littérature ancienne et d’en retirer les exemplaires au fur et à mesure du tirage, jusqu’à ce que les membres de ladite classe, reconnaissant qu’il est pourvu des caractères nécessaires pour l’impression desdits mémoires, consentent qu’il les imprime chez lui (Archives de l’Institut)."

Microsoft Word - didot.doc (bibliotheque-institutdefrance.fr)

L’édition stéréotype – BiblioMab : le monde autour des livres anciens et des bibliothèques (wordpress.com)

Et un très joli blog que je découvre, où on apprend que la stéréotypie est assez ancienne, et dont on peut attribuer la paternité à plusieurs personnes, les Didot, loin d'être la seule famille à s'y être intéressée.

Paris, 1723 : aux origines de la stéréotypie – Rémi Jimenes (philobiblon.fr)

Avec une hypothèse à suivre:

"On nous permettra peut-être ici d’avancer une hypothèse. L’utilisation des procédés de clichage en France au XVIe siècle, phénomène largement méconnu par les historiens du livre(...)"












samedi 4 juin 2022

Des aventures éditoriales. 1

 La majorité d'entre nous pensent que le livre est un objet de commerce depuis le 20ème siècle, pour quelques uns plus curieux, depuis le 19ème.
C'est dès Gutenberg qu'il est devenu un objet de commerce et de profit.

Cette affaire là partait mal dès le début puisque bien que *ces archives aient été brulées pendant la seconde guerre mondiale, Strasbourg détruite, sa maison ... lire *Guy Bechtel ... il s'est fait avoir par un banquier et un calligraphe, Fust et Schöffer.

Notes:

*
Place Gutenberg — Wikipédia (wikipedia.org)


*Page 361 de ce livre.

Gutenberg, Guy Bechtel | Fayard


Chaque livre trouvé, aujourd'hui, isolé, recèle des renseignements, un peu comme un puzzle, qu'il nous appartient de reconstituer, de comprendre dans une histoire plus large d'associations, d'affaires plus ou moins foireuses, de coups bas et de gagnants/perdants, pertes et profits.

Des écrivains et chercheurs plus illustres que moi ont abondement écrit sur ces sujets:
Robert Darnton, l'aventure éditoriale de l'Encyclopédie, Guy Bechtel, Sur Beaumarchais aussi, la Société Typographique, Léon Curmer, par exemple. Ma bibliothèque professionnelle est remplie de ces ouvrages en attente de lecture ou annotés ou post-it-és pour des articles à venir. Pour plussssse tard.

On trouve beaucoup de références sur Internet, mais ,rarement, on peut lire des passages entiers sur un écran lumineux comme on peut le faire avec un livre. Soit parce qu'ils sont indisponibles, soit parce que c'est fatigant et pénible. Première remarque.

Seconde remarque, la question du tri et de la multiplication des bases de données sans arrêt absorbées les unes par les autres, au point qu'il faille une formation pour d'abord apprendre à s'en servir, des études même, un diplôme même, cette complexité numérique fait que retrouver quelque chose devient un peu comme dans un univers à la Borges.
Plus j'avance, plus le Maître devient lumineux et un certain lâcher-prise m'envahit, soit dit en passant.

Tout ça pour vous dire que je vais consacrer une série d'articles sur la comparaison des petits livres que j'ai acquis récemment et  sur comment chacun d'entre nous peut avec ses enfants,  sa famille, retrouver un gout du livre et des bibliothèques en comparant, cherchant, augmenter sa joie par la découverte d'un monde de faiseurs, pas moins bons artisans que parfois escrocs déguisés.

Vieux comme le monde, ces mini-enquêtes permettent de nous comprendre dans cette vie, de trouver une place dans la longue aventure de l'humanité.

Une bibliothèque, c'est une pièce de puzzle... plus grand encore que celui que chaque livre représente.





Nécessaire, de l'enquêtrice relieur, obligatoire.
Deux exemplaires de Horace chez Desaint et Saillant.
Toute une histoire, je vous assure....

A bientôt ☺








lundi 30 mai 2022

Un bon exemple.





C'est un exemple parfait pour expliquer pourquoi nous ne pouvons pas faire des choix de livres en fonction de leurs valeurs vénales.
La plupart de nos livres n'ont pas de prix. Ils sont là, transmis d'une génération à l'autre sans vraiment d'attentions, malmenés. Un jour, ils deviennent présents à nouveau dans nos vies, à la faveur d'un souvenir, d'une envie.

Celui-ci n'est pas en bon état, ni en mauvais état.
Le démonter pour le remonter n'apporterait qu'une action dénaturante, beaucoup de dégâts pour des matériaux industriels de grande consommation, déjà à cette époque, départ de l'industriel.


On peut recoller un peu ici ou là, lui redonner une allure en redressant les cartons mais c'est tout.

Son état est aussi le sort de nos objets qui s'usent pour finir délabrer.
Y être attaché est touchant mais souvent peu rentable pour le maître artisan que je suis.

Je vous accompagne dans les cours pour le soin de ces livres auxquels on tient, mais, à moins que vous ne soyez décidé à investir entre 200 et 500 euros, je n'accepte pas les livres de grandes séries de la fin du 19ème et du début du 20ème anonymes, en mauvais état ou non.
En tant que personne en empathie, je comprends qu'on veuille parfois le faire quand même.

Il n'y a pas de jugement de valeur à proprement parler, il y a un principe de réalité.

Vous devriez vous poser la question de savoir pourquoi je travaillerais à perte pour vous?
Pourquoi je devrais pallier à votre défaut d'attention de vos livres délaissés depuis si longtemps, qui retrouvent, à la faveur d'une curiosité soudaine, de l'intérêt?
Pourquoi je devrais passer autant de temps et appliquer autant de soin à des produits de manufacture industrielle?

Ce sont les bonnes questions avant d'aller chez un relieur.

Pour le bibliophile, c'est une autre chose.
Le bibliophile collectionne et investit parfois beaucoup d'argent dans ses livres. Il trie déjà et s'il m'apporte un livre, c'est qu'il a une raison valable, quelque soit le livre.
Il ne rechignera pas ou entendra raison quand je lui expliquerai mon prix.

Sinon, il trouvera un relieur semi industriel, ou industriel qui prend encore pour de la petite série.

Je ne sais pas si, dans ce monde, ce que je dis à une réalité.

Il faut tenir: depuis 2007, j'entends qu'il faut tenir et que la crise passera ...
Hélas, la culture du gout, des belles choses, est noyée dans des débats permanents à ras les pâquerettes. 

Tout ça s'apprend, pour apprécier demande du temps, de la patience et des initiateurs passionnés.





Un salon dans la librairie...

​il ne s'agit pas d'une manifestation ou d'exposition prévue dans l'atelier mais plutôt une transformation qui prend corps. ...