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jeudi 17 mai 2018

Un beau livre - 1.

C'est un beau livre pour ce qu'il représente dans la compréhension d'une discipline, son histoire.
Il en existe peu d'exemplaires.




Le problème des réseaux sociaux, c'est qu'à partir du moment où vous montrez, citez, les happy few du monde des livres, marchands et collectionneurs savent ...
Et la confidentialité de mon travail, si tant est qu'elle existe .... est malmenée.
Ce n'est pas acceptable.
Une bibliothèque, c'est comme l'âme de quelqu'un.
Si on décide de ne pas l'offrir en partage, il faut respecter ce souhait là.

L'utilité du blog, telle que j'ai pu le raconter sur une réseau social ou je m'exprime presque quotidiennement, contribuant à la visibilité et la communication de l'atelier dans toute la générosité et la palette de couleurs et de sentiments dont je puis être capable, est celle-ci:

"Il n'y a pas de secrets dans l'atelier.
Suite à des échanges entre collègues, où le blog de l'atelier apparait comme une mise en lumière de recettes ... il faut savoir que non, ce ne sont pas des recettes et ce n'est pas parce que vous voyez que vous savez.  La matière est capricieuse, fragile. Ce blog montre notre travail, nos choix, nos difficultés.
Des choix partisants forcément, des partis pris du moindre mal.


Soyez prudent, ne vous lancez pas tout seul, c'est un métier difficile et l'expérience qu'il y a derrière chacun des gestes, la réflexion, sont importantes.
On peut visuellement réussir une restauration et quelques années plus tard se trouver avec un travail qui n'a pas tenu, qui ne peut être repris.
Un livre change de reliure en moyenne 3 fois dans sa vie.
Eliminer ce qui a été délétère pour le texte est parfois salvateur.
Demandez des conseils à des professionnels avant de jouer les "apprentis sorciers" ... "

Donc, voici pour ce petit avertissement amical.

Quant aux livres que je montre, parce qu'il faut montrer, communiquer sur nos métiers,  pour la bonne raison qu'il n'y a pas  de méthodes précises de restauration, on fait attention de ne pas.
En partant de ce que l'on sait faire en reliure, on extrapole et on se lance dans des expériences.
Faire des cas de figures avant toute restauration est impératif.

Les avancées de la technique, la recherche en chimie, biologie, donnent des indications sur la nocivité et l'impact des colles surtout, sur la nature des attaques et dégradations observées avec le temps, moisissures, insectes, bactéries ... Mais les actions de nettoyage et de réparations, restaurations sont des prises de risques qu'il faut rendre transparentes pour les générations futures et pour les amoureux des livres, pour que vous compreniez ce qui se passe derrière un devis de 270/300 euros, soit une journée de travail normale dans l'atelier.

Ainsi, l'analyse de ce livre passe par plusieurs étapes de réflexion et de prises de décisions.
A chaque action, un point est fait en fonction de l'avancée et de nouvelles décisions.
Une fois que le collationnement est fait, que les défauts de structures sont établis, le choix n'est jamais évident.

Pour ce livre, le dossier que je fais par des recherches internet pointues, longues, est rédigé en citant toutes mes sources , avec des photos en constat d'état initial, des traces de ce que le livre était quand il est arrivé dans l'atelier.
Viennent ensuite plusieurs propositions d'interventions, notées.
Puis des photos des principales étapes et enfin des conseils pour la manipulation et la conservation.
Puisque mon travail n'a pas de sens si ensuite le livre n'est pas traité de façon adéquate, avec les précautions qui s'imposent.

Les choix pour être conforme à des règles de déontologie ne s'imposent pas d'emblée.
Chacun de nos gestes est un risque.

Un parti pris. Je le répète.

Aujourd'hui, outre le cout de la restauration, on ne va pas faire comme au 18ème, (les beaux maroquins rouges sur les manuscrits rognés du 11 au 13 ème siècle par exemple) et tout changer pour faire selon notre gout contemporain.
Ni comme au 19ème, privilégiant l'aspect extérieur et la dorure à la manière de .... fanfares et couvées abadesques, à la cathédrale et autres décors antiquisants par exemple, ou comme au 20ème et les massicotages intempestifs ... par exemple.
Il a fallu en passer par tout ça pour arriver à la numérisation aujourd'hui qui donne à voir au plus grand nombre et qui préserve les livres dans des boites pour ne plus être livrés au sort de mains indélicates. Et parce que la technologie le permet.

Un livre c'est une aventure, un tout en un: le contexte, ce qu'il a apporté aux hommes, ce qu'il a changé dans la société savante et dans la société en général, dans l'éducation, le scolaire, les moyens mis en œuvre pour qu'il puisse voir le jour à son époque, les moyens de sa diffusion, et les artisans, corps de métiers, réalisant le corps d'ouvrage et la décoration extérieur, un véritable concentré de ce qui donne à voir une époque et ses préoccupations.
Il y a des livres qui ont souffert.

Je parle de livres anciens. La reliure à décor est tout à fait autre chose. En ce sens, l'esprit de la reliure est différent de l'esprit de la restauration, et de la conservation.

Et le principe de réversibilité devrait se retrouver dans le fait qu'on doit pouvoir retirer le travail f ait par nos prédécesseurs sans dommage.

Le propos est de redonner la fonction mécanique du livre: son ouverture, sans perdre ce qui a été fait avant.
Ne pas ajouter,
ne pas enlever,
être invisible autant que faire se peut,
rester modeste quant à ce qu'on peut faire.


 














Etape un, premières idées:
Une peau fine de veau ou de mouton, difficile de savoir, une restauration qui en son temps devait être jolie mais qui parce que la peau est de qualité moyenne, ...de la basane, n'a pas résisté au temps.
Le dos collé en plein, les ficelles sont cassées.
Tous les relieurs restaurateurs ont un jour dans leurs ateliers de ces cas de figures très intéressants à traiter: quels sont les choix à faire pour laisser ces livres, importants dans une discipline, dans leurs "jus"?
La première des questions est pour quelle utilisation?
Que vont-ils devenir une fois restaurés?
Qui va les manipuler?
Comment?


Sur ce livre, le travail qui a été fait par un précédent relieur restaurateur est très bien.

Il n'a pas passé la barrière du temps, à une époque où le plus naturel était la colle de poisson.
Aujourd'hui nous avons la chance de bénéficier de produits et de méthodes beaucoup plus respectueuses.
Mais en nettoyant et assainissant ce dos, on perd des éléments, le tout premier dos ne résiste pas à l'action mécanique de nettoyage et il n'y a pas grand chose d'autre à faire pour le nettoyer.
Le cuir est cuit, sec et se dédouble comme les basanes ...

La seconde question est : jusqu'où on va dans la dégradation pour faire retrouver à ce livre fonction et allure?



Etape deux, éléments qui composent la première restauration:





Constat visible mais très fin, un beau travail, de doublage avec une peau qui malheureusement n'a pas tenu, trop fine, la colle de poisson ... trop raide.
L'usage de la colle de poisson fait un dos très dur, peu souple pour répondre aux critères de souplesse nécessaire à l'ouverture du livre.


Doublage des coins.


Les coins ont été réencollés et en parti doublés.


 
Un fin morceau de parchemin a été collé entre les plats, les gardes internes afin de pouvoir coudre le premier et le dernier cahier.
Comme le livre arrive dans l'atelier désolidarisé de ses plats, du moins d'un côté complètement, on ne sait pas comment il tenait vraiment à l'ouverture.







Les couches successives sur le dos en papier sont les suivantes:

- Colle d'amidon
- Cuir du dos restant de la première reliure suite au décollage du dos lors de la première restauration vraisemblablement à cause des plats désolidarisés
- Colle de poisson
- Basane de doublage
- Colle de poisson plus fine
- Dos d'origine



C'est un in quarto, soit un format raisin avec deux pliages.
Le filigrane atteste d'un papier 17ème.
La largeur de pontuseaux également.
Plusieurs sortes de papiers.

Il y a quelques déchirures et des manques de papiers sans incidence sur le texte.

Des marques d'appartenance, soit ex-libris.

Il n'y a pas de dorure, les plats sont marqués par des doubles filets à froids, avec une amusante trace du mors au cinquième du plat.

Cousu sur nerfs, ficelles, la couture est intacte et les fonds également.

Les tranchefiles bicolores, de type pékiné, sont malmenées mais intactes.





Avant de travailler, il faut avoir conscience du livre sur lequel on doit intervenir, le connaître.


A suivre ....

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