La reliure selon Vladimir Tchékéroul

La reliure selon Vladimir Tchékéroul
On a le droit et le devoir de maintenir un niveau d'exigence haut, place au concret et à la recherche d'indices pour connaître les livres....

vendredi 5 novembre 2021

Etudier les comportements mécaniques des livres. 3. Le corps d'ouvrage

 Conserver l'intégrité est difficile dans toutes les étapes de fabrications d'un livre.




De l'article n°2, on retiendra par cette photo la déformation du corps d'ouvrage.
Reliure et autres explications ... Trôo ... Restauration de livres anciens.: Etudier les comportements mécaniques des livres. 2. Le corps d'ouvrage (restaurationlivreatroo.blogspot.com)

On voit que le papier, par la couture à cahiers sautés, destinée à ne pas faire monter le dos, permettre une ouverture maximale, a repris son épaisseur et contraint, par le dos et la couture sur nerfs, a crée cette déformation typique des dos dont le fil est trop fin, ou partiellement présent dans le fond des cahiers.
le papier chiffon du 17ème est très mou, mais ce n'est rien à côté de certains papiers de la fin du 18ème ...

Un fil plus épais ou qui passe dans tous les cahiers, donc plus fin en fonction de la nature du papier, du nombre de cahiers et/ou de leurs épaisseurs, aurait permis d'éviter ce défaut.

Mais donnant une esthétique différente et peu en rapport avec ce type de structure souple qui fonctionne mieux sur des livres ne dépassant pas 25 mms d'épaisseur environ, voir 300.
Sachant qu'un dos doit monter au quart maximum de l'épaisseur totale du livre.
Se reporter au cours sur la couture et le choix du fil.

Reliure et autres explications ... Trôo ... Restauration de livres anciens.: couture (restaurationlivreatroo.blogspot.com)

mardi 2 novembre 2021

Etudier les comportements mécaniques des livres. 2. Le corps d'ouvrage



 Sur la base de ces deux photos, voici les réflexions de départ pour l'observation de son état.

Le livre est assez gros, peu maniable.
173 * 115 * 75 mms

Il présente une déformation importante au dos, qui se voit sur la tranche de gouttière habituellement creuse, ici convexe.

La composition des cahiers est classique: 4 feuillets pliés, paginés, recto, verso, réclames en bas de page, et signature sur la première page.

La page de titre constitue le début du cahier n°1.
Un cahier de gardes volantes très abimées commence le livre, qui ne tient plus qu'à sa couverture, par l'âme de la tranchefile distendue.
Chaque feuillet des premiers cahiers est noté de 2 à 5 sur le recto, sauf le premier.
Il y a 4 cahiers de 5 feuillets numérotés avec des caractères spéciaux: à,  é, ~i, ~o.

Puis la signature est constituée des lettres de l'alphabet sur le première page de chaque cahier, en lettre capitale, sans J, sans U, sans W, puis Aa, sans Jj, Uu, Ww, puis Aaa, jusqu'au cahier Lll, sans Jjj, Uuu, Www.
Ce qui fait 23+23+11 cahiers en tous = 57 cahiers.
Je n'ai pas encore collationné ce livre pour savoir combien de cahiers sont manquants.
les exemplaires numérisés sont totalement différents.
Les cahiers hors caractères spéciaux font bien 4 feuillets.

Le papier est papier chiffon connu de cette époque du livre M DC XXV, imprimé par Antoine Chard, à Lyon.
Nous avions déjà vu cet imprimeur-libraire-marchand avec la construction de cette mise en page dans la restauration de ce livre:

La page Idref nous donne:

"Libraire à Lyon, en activité entre 1620-1635 environ. Adresse : Lyon, rue Mercière. - À l'enseigne"

on sait juste qu'il épouse la Veuve Morillon en 1623/24?

Nom patronymique : Antoinette Mégret (ou : Maigret). - Imprimeur-libraire de madame la duchesse de Montpensier. - Succède à son mari l'imprimeur-libraire de Lyon et Trévoux Claude Morillon, décédé en août 1621. Exerce jusqu'en 1624, et se remarie en 1623 ou 1624 avec l'imprimeur-libraire lyonnais Antoine Chard



Pour le moment, je n'ai pas plus de renseignements sur l'imprimeur libraire Chard.
On peut chercher du côté de l'édition lyonnaise en ce début de 17ème.
Et trouver des collaborations.
La librairie Millanges à Bordeaux au début du XVIIᵉ siècle | École nationale des chartes (psl.eu)

"La vente au détail a dû être d’autant plus importante pour les Millanges que l’inventaire est muet sur un autre lieu de vente, attesté dans un arrêt du Parlement de 1597 : un emplacement dans la grande salle du Palais. Enfin, après la description du matériel typographique de l’atelier d’imprimerie, qui suggère qu’avec ses quatre presses l’imprimerie des Millanges est l’une des plus importantes du Sud-Ouest du royaume, les opérations d’inventaire s’achèvent par la liste des livres appartenant à Jacques Millanges et laissés en commission à Paris chez le marchand De Licieux (non identifié), à Rouen chez les libraires Jean Osmont et David Du Petit-Val, à Lyon chez les libraires Jean et Antoine Pillehotte et Antoine Chard."







On notera cette esthétique très renaissance encore pour un livre de 1625 et la caractéristique du XVIIe : la page entièrement gravée sans typographie.
La majesté de la porte ... on entre en livre.





















C'est une couture sur trois nerfs de ficelles, assez grossières, et ne prenant pas en compte tous les cahiers. Ce qui est défini, aujourd'hui, dans les ateliers par une couture à cahiers sautés. Cette technique permet de ne pas faire passer le fil dans tous les cahiers et ainsi de maitriser l'épaisseur du dos du livre cousu.
Un dos trop monté n'est pas gérable dans la suite des étapes de la reliure.

L'inconvénient de cette technique, on le voit, est le peu de solidité dans le temps. le corps d'ouvrage est moins solide, malgré la colle.
Dans ces reliures souples en parchemin, les dos n'étaient pas contraints dans une endossure et des mors, entre des cartons. Les ficelles ne servaient pas non plus à rendre plus solide la reliure.


(a suivre ... c'est long et précis ...)

dimanche 31 octobre 2021

Etudier les comportements mécaniques des livres. 1

 Chaque livre est unique,
par son mode de reliure et par la composition des matériaux qui la servent:
papier, fil et ficelles, cuir et/ou parchemin.
S'ajoutent à cela des matériaux moins évidents,  moins apparents: encre, colle, pigments.
Tous vivent avec le temps, se déforment au gré des stockages et des manipulations qui leurs sont imposés.

La reliure est un ensemble de gestes, d'étapes qui créent des contraintes et des tensions appliquées à ces matériaux.

Les cuirs, les papiers, les fils et les ficelles n'ont pas, par exemple, la même courbe de vieillissement, le même temps de vie, les mêmes contraintes de déformations.

A la réalisation de ce premier constat, on peut se demander comment un livre peut exister: Pourquoi le fil ne déchire pas le papier? comment se fait-il que l'encre ne se dilue pas lors de l'humidification du papier? comment un livre peut s'ouvrir et se fermer de façon répétitive presque à l'infini, sans jamais se déformer dans des conditions d'utilisations normales?

Toutes ces questions anodines, qui semblent sans intérêt à la plupart des lecteurs, entrent en résonnance avec notre métier.

Un relieur, à force d'utiliser et de mêler les matériaux qui composent un livre, se fait une batterie d'expériences qui lui servent lors de l'observation de la reliure et de ces dégâts, que ce soit le corps d'ouvrage ou la reliure.
Les deux parties sont intimement liées lors de la fabrication de la reliure, mais lors de l'étude des différents dégâts et dégradations, on les étudiera chacune dans une catégorie.

Il n'est pas, en effet, nécessaire de toujours traiter le corps d'ouvrage en décousant des cahiers qui tiennent. Tester la solidité est possible en regardant à l'intérieur de chaque cahier, en reposant un fil par exemple, neuf, en lin, voire teinté au thé et bien sec.

La reliure peut être maintenue de beaucoup de façon par un soufflet au dos par exemple, par des ficelles repassées ou des claies. Chaque solution est murement réfléchie avec des matériaux soigneusement choisis: papier neutre à peu d'incidence sur les anciens matériaux, colle d'amidon naturelle, cuir dont on sait exactement les traitements de tannage.
Reprendre d'anciens matériaux présentent toujours un risque de fragilité.

L'esthétique prime quand on reprend des cuirs anciens par exemple. Ce qui n'est pas toujours l'objectif recherché dans une restauration.

Le risque de perdre des informations et de dénaturer un objet est toujours présent à mon esprit. Certains livres, il est question de sensibilité personnelle dans ce cas, ne doivent pas être touchés, juste étudiés pour comprendre ce qui fait qu'ils sont dans cet état.
C'est le cas de figure présenté ici, en plusieurs articles.

Le parchemin a rétréci et même s'il existe une méthode pour le détendre, le risque de le perdre est présent. Il y a des manques: peut-on faire des greffes? avec quel autre matériau? avec quelle colle? comment se comportera la partie neuve greffée? quel est le bénéfice de la restauration pour quelle utilisation?
Refaire un pastiche n'est-il pas plus judicieux?
Une fois encore, la sensibilité entre en jeu et la place du livre dans un fond privé ou dans un fond publique change la réflexion.

Pour le moment, j'ai peu de renseignements sur ce livre.
Je le livre à vos regards, les photos, les commentaires, et ce que je penserai faire, arriveront ensuite, sans pour autant que ce travail soit nécessaire.

Il manque des pages à la fin.
Là encore on peut imaginer trouver un autre exemplaire incomplet et en refaire un seul.
C'est une pratique de libraire et de restaurateur dans le monde marchand qui semble scandaleuse, pour autant, est-il plus avantageux d'avoir deux exemplaires partiels?

Dans la mesure où il n'y a pas la volonté de tromper le monde, et même si au fond de moi je sens une certaine réticence et colère à faire cette action, je la ressens tout autant, la colère, quand je vois le peu de soin accordé aux livres qui arrivent dans l'atelier, dans cet état.

Il y a eu des abus. C'est certain. Mais aussi, il y a eu des livres sauvés ainsi qui sont entrés dans de grandes collections.

La reliure est un art noble avec ses corruptions, ses choix et ses rigueurs.
On ne peut que conseiller à chacun de respecter les intentions de départ qui ont fait en sorte qu'un livre a pu exister dans une aventure éditoriale, dans une société marchande, dont il n'est jamais sorti d'ailleurs, un projet intellectuel visant la diffusion d'idées, dans une société, un contexte.

Les matériaux nous racontent tout cela, les pratiques, que l'on devine à travers les déformations, également.

Des petites choses précieuses de tous les jours dans la pratique des ateliers passés.



















Lors d'une journée d'études réalisée à l'Ecole des Chartes en 2014, sur les matériaux de fabrication des manuscrits, la partie "parchemin" avait été abordée, également cette notion qui reste, pour un moi, essentielle:
Chaque matériau contient en lui-même ses propres agents de dégradations, les comprendre pour les maitriser est essentiel.

(A suivre ...)

lundi 18 octobre 2021

Un autre travail de respect.

 Il ne fallait pas ici faire plus que de mesure.







Cette partie a été conservée, restaurée et réintégrée.




Photos de constat d'état initial.













Joyeux bazar non ? :)

On ne le regrettera pas.










Titre illustré pour Vincent HENSBERGH (?-1634), Den gheestelycken Rooselaer der alderweerdichste Moeder Godts. Verciert met schoone Roosen der meditatien, ghebeden ende Mirakelen vant’H. Roosenkransken. By een vergaert ende anderwert verbetert door B. Vincent Hensberch Predicheer tot AntwerpenThantwerpen by Cornelis Verschueren, inde Cammerstrate, inde Raep, 1623.
Belgique, Gand, Bibliothèque universitaire – cote : BIB.ACC.000805.

© Claire Rousseau

in: 
Rosaire | L'Ordre des Prêcheurs | Page 78 (estampesdominicaines.com)


Den gheestelycken rooselaer der alderweerdichste moeder Godts - Vincent Hensberch - Google Livres


Un salon dans la librairie...

​il ne s'agit pas d'une manifestation ou d'exposition prévue dans l'atelier mais plutôt une transformation qui prend corps. ...