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jeudi 10 mai 2018

La composition des encres dans les dominotés.

Lors d'une question très intéressante sur la composition des couleurs utilisées pour les dominos, ces papiers d'emballage des livres au 18ème siècle, sur un réseau de recherches et de passionnés de ces papiers sur FB: "we love endpaper", j'ai fait quelques recherches pour trouver les recettes de ces couleurs données par des rédacteurs en chef du domaine des arts et métiers au 18 / 19 ème siècle.

On pourra toujours essayer de retrouver ces couleurs en jouant à l'apprenti chimiste ... :)
Ce qui est intéressant, c'est de constater qu'il n'existait pas qu'une seule recette.
Comme dans tous nos métiers, les artisans avaient leurs secrets.

Aujourd'hui on aurait envie de se reposer sur la technologie et de déposer quelques écailles chez Aglaé pour qu'elle nous donne la composition comme par magie.

En attendant, on peut aussi prendre la bonne vieille méthode et chercher dans les livres, numériques ou non.

Pour vous, un premier billet de recherches en ce tout début d'année.

Philippe Macquer (1720-1770) et Pierre Jaubert (1715?-1780?), auteurs du Dictionnaire raisonné universel des arts et métiers, contenant l'histoire, la description, la police des fabriques et manufactures de France et des pays étrangers, on trouve ces recettes à l'entrée : DOMINOTIERS.


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9721838k/f50.
vertical.r=dominotier

 
Qui étaient-ils?
http://data.bnf.fr/12926998/philippe_macquer/

          Homme de lettres et avocat


http://data.bnf.fr/11908654/pierre_jaubert/
Historien.
Curé de Cestas (Gironde), puis aumônier de la duchesse de Chartres.
Collabora à l'"Encyclopédie" de Diderot
 
Abbé Jaubert (1715?-1780?)



On trouve désormais l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert en ligne, qui, au mot Dominotier, nous envoie vers MARBREUR.
http://encyclopédie.eu/index.php/non-classifie/1031899223-DOMINOTIER



"De la préparation des couleurs. Pour avoir un bleu, prenez de l'indigo, broyez-le bien exactement à l'eau sur la pierre et à la mollette ; enlevez la couleur, mettez-la dans un petit pot. Quant à ce qui en restera à la pierre et à la mollette, ayez de l'eau dans votre bouche, soufflez-la sur la mollette et sur la pierre ; lavez-les ainsi, mettez cette lavure dans un autre pot, et fortifiez-la quand vous voudrez vous en servir : il ne faut pas négliger ces petites économies à toutes les choses qui se répètent souvent ; elles font communément la différence de la perte au gain.

Pour avoir un rouge, prenez de la laque plate, broyez-la sur la pierre avec la mollette, non à l'eau, mais avec une liqueur préparée de la manière suivante.

Ayez du bois de Brésil, faites-le bouillir dans de l'eau avec une petite poignée de chaux-vive, que vous jetterez dans l'eau sur la fin, lorsque le bois aura suffisamment bouilli. Mettez un seau et demi d'eau, sur deux livres de bois de Brésil. Si le bois de Brésil est pilé, vous le ferez bouillir environ deux heures ; plus longtemps, s'il est entier. Vous réduirez le tout à un seau par l'ébullition. C'est après la réduction que vous ajouterez la poignée de chaux-vive. Vous passerez à-travers un linge, et c'est avec la liqueur qui vous viendra que vous préparez la laque.

Vous commencerez par réduire la laque en poudre à sec avec la mollette ; quand vous l'aurez bien pulvérisée, vous pratiquerez au milieu un creux, dans lequel vous verserez peu-à-peu de la liqueur préparée, en continuant de broyer. Vous ne rendrez pas cette couleur trop fluide, si vous ne voulez pas en rendre la trituration incommode. Vous arroserez et broyerez jusqu'à ce qu'en la maniant entre vos doigts vous n'y sentiez aucune aspérité, alors vous prendrez gros comme une bonne naisette de gomme adragant trempée, vous choisirez la plus blanche et la plus ferme qu'il y aura dans le pot-à-beurre, où elle aura séjournée trois jours ; vous en mettrez cette quantité, ou même un peu plus, sur un quarteron de laque, avec trois cueillerées de fiel de bœuf, que vous aurez laissé reposer pendant huit jours, et dont vous n'employerez que la partie la plus fluide, séparant l'épais. Quand le fiel de bœuf n'a pas reposé, il est trop gras ; vous broyerez le rouge ; la gomme et le fiel de bœuf, jusqu'à ce que le tout soit sans grumeaux, éclaircissant toujours avec la liqueur préparée. Cela fait, vous releverez le mélange avec la ramassoire de cuivre, et vous le mettrez dans un pot, où vous ajouterez sur un quarteron de couleur environ une chopine de liqueur préparée.

Pour avoir un jaune, ayez de l'ochre, faites-la tremper pendant quelques jours dans de l'eau de rivière ; ayez une spatule de bois, délayez l'ochre trempée avec la spatule ; transvasez de cette ochre délayée dans un autre vaisseau ; sur une chopine de cette eau d'ochre qui est très-fluide, mettez trois cuillerées de fiel de bœuf, et mêlez le tout avec un pinceau.

Pour avoir du blanc, il ne faut que de l'eau et du fiel de bœuf ; mettez sur une pinte d'eau quatre cuillerées de fiel de bœuf, battez bien le tout ensemble ; ce sera proprement le fond du papier qui sera le blanc.

Pour avoir un verd, ayez de l'indigo broyé avec de l'ochre détrempée, faites-en comme une bouillie claire. Pour faire cette bouillie, mettez sur une pinte d'eau deux cuillerées d'indigo détrempé avec l'ochre et trois cuillerées de fiel de bœuf, mêlant bien le tout.

Pour avoir un noir, prenez de l'indigo et du noir de fumée, mettez pour un sol de noir de fumée sur la grosseur d'une noix d'indigo, ou pour plus d'exactitude, prenez un poisson de noir de fumée, et gros comme une naisette de gomme, et ajoutez une cuillerée de fiel de bœuf.

Pour avoir un violet, ayez le rouge préparé pour le papier commun, ainsi que nous l'avons dit plus haut, ajoutez quatre à cinq larmes de noir de fumée broyé avec l'indigo.

Le marbreur de papier n'emploie guère que ces couleurs ; mais on peut s'en procurer autant d'autres qu'on voudra d'après celles que nous venons d'indiquer. On voit (fig. 2.) a l'ouvrier qui broye les couleurs, b son établi, c sa pierre, d sa mollette, e sa ramassoire, f ses pots."



"17. Du mélange des couleurs que nous avons indiquées, on en pourra tirer une infinité d'autres.

Ainsi l'on aura la couleur de café, si l'on prend un quarteron de rouge d'Angleterre, qu'on le broye avec gros comme une naisette de gomme et deux cuillerées de fiel de bœuf.

Un brun, si à un mélange de noir de fumée préparé avec l'indigo, et de rouge d'Angleterre, on ajoute de la gomme et du fiel de bœuf.

Un gris, si l'on broye ensemble du noir de fumée, du blanc d'Espagne et de l'indigo.

Un aurore, si on mêle l'orpin avec l'ochre, ajoutant aussi la gomme et le fiel de bœuf.

Un bleu turquin, en mettant dans la couleur précédente plus d'indigo et moins de blanc d'Espagne.

Un bleu céleste, en mettant au contraire dans la même couleur plus de blanc d'Espagne et moins d'indigo.

Un verd, en mettant de l'orpin jaune avec de l'ochre, broyant et délayant à l'ordinaire.

Un verd céleste, en ajoutant au verd précédent un peu de blanc d'Espagne.

Un verd foncé, par le moyen d'un noir de fumée broyé avec de l'indigo et de l'ochre.

Au reste, entre ces couleurs, il y en a quelques-unes dont la préparation varie, du moins quant aux doses relatives des drogues dont on les compose, selon l'espèce de papier qu'on veut marbrer. Mais quelle qu'elle sait, et quelles que soient les couleurs qu'on y veut employer, il ne faut pas les employer sur le champ ; il faut qu'elles aient reposé du soir au lendemain."
On parlera aussi de l'étymologie du mot qui d'origine italienne, n'en reste pas moins sujet à controverse.

"capuchon, masque".
Mais c'est aussi une référence au nom de Seigneur (Dominus) que les
dominotiers gravaient sur leurs images.
Passé dans le langage courant "dominus" ... dominotier qui à l’époque désignait tout papier portant un décor, qu’il soit marbré ou estampé. Aujourd’hui, on parle de dominos quand est en présence de papiers imprimés à partir d’une planche de bois gravé.
Voir les autres articles sous le terme Marbré, Papiers marbrés ou dominotés,



Sinon, il y a aussi cet autre livre entièrement numérisé qu'on trouvera dans ces autres articles également:

https://restaurationlivreatroo.blogspot.fr/2017/11/papillon-papillon-jean-michel-1698-1776.html




gravé par Nicolas Caron.


Rien à voir avec la technique du dominoté, ce petit exercice peut vous aider à comprendre le dessin d'un dominoté pour le restaurer et le refaire, dans ses manques ou lacunes sur la base d'un japon. Les couleurs sont de l'aquarelle ici, bonne alternative.

Prendre un modèle qui vous plait le refaire à la main et retrouver les couleurs.












Dans l'atelier, deux jolis modèles. Merci à Pierre Yves Erbland, libraire.





Le verso de la partie refaite.
Le papier partait en décrépitude, de moisi et de poussière.

La partir manquante a été entièrement recrée et restaurée à l'aquarelle.
Elle est visible pour un œil averti.



 



Le colporteur, source inconnue.

Ce sont mes boites d'aquarelles, collectionnées depuis 1991.
La plus récente, m'apercevant que j'avais une nette préférence pour les bleus et les verts.






Je remercie le groupe des passionnés de "We love end paper" et en particulier Allan Barton, qui m'ont fournie le prétexte à rédiger, rassembler en fait, les connaissances trouvées sur le net et dans les livres références de l'atelier, en présentant un adorable livre en velours rouge et papier de garde à la couleur ocre rouge, peut être italien.
En vérifiant par comparaison dans les livres de M. Kopylov, il s'avère que le motif des papiers italiens est très proches de celui-ci.
Dans une délicatesse de partage et de connaissance mutualisée.
Bonne soirée à vous.









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