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mercredi 19 avril 2017

Primum non nocere.

La reliure, qu'est ce que c'est?
L'art de protéger, de conserver et d'embellir, ainsi pourrait-on définir ce qu'est cet Art ancestral.
Plus de cent opérations sont nécessaires à la fabrication d'un livre.
Entre transmission de gestes manuels et perduration du machinisme du 19ème, il est souvent difficile de s'y retrouver parmi la multitude des formes du livre.

Pour vous accompagner dans la visite de cet atelier, je vous propose de nous arrêter sur quelques dates clés, qui seront autant de repères dans la longue évolution à la fois de la technique mais aussi des matériaux, et des machines, des outils.

La notion de livre ancien est la première à définir: Dans le monde des livres, ce qui est ancien est antérieur à 1800.

A partir de 1830, en 1850, date que l'on choisit pour marquer un tournant dans la fabrication du livre, la révolution industrielle, le foisonnement de découvertes dans les domaines des sciences et des techniques sont autant d'avancées majeurs dans la transformation de notre métier.
Le petit atelier familial devient une usine avec une production de plus en plus grande, des mécanisations qui permettent de réduire les couts, de produire plus et plus v
ite.

Un exemple fort: Mame, célèbre imprimerie à Tours est un exemple de ces aventures éditoriales des imprimeurs libraires du 19ème.
Née en 1796, elle ne prend son essor qu'en 1845, lorsque Alfred Mame met en place une entreprise qui regroupe toutes les industries qui entrent dans la confection d'un livre.
En 1850, c'est plus de 15000 livres par jour, avec 1200 ouvriers et ouvrières employés à la fabrication des cartonnages et des reliures.

1850, la chimie fait d'énormes progrès et des additifs sont ajoutés à la pâte de papier qui n'est plus fait de chiffes de coton, mais de bois.
Le papier avec du bois se révèle acide, la lignine, composant naturel du bois avec la cellulose est sensible aux rayons UV et se dégrade rapidement à la lumière, détériorant les documents, devenant cassants et parfois jaunis. Ce qui pose à partir du 20ème siècle, des problèmes de conservation et de pérennité des objets que nous fabriquons, sur lesquels nous travaillons.

Le machinisme est né: certaines opérations sont faites à la main et d 'autres avec des machines: c'est le cas des découpes, des endossures, des dorures. Pour la couture, le pliage, l'assemblage, la couvrure et certains livres précieux, la main est le meilleur outil.


Si nous prenons le manuel Roret de la reliure à sa sortie en 1827, les planches explicatives des outils ne sont pas les mêmes que les planches du Roret de 1890.

Dans l'atelier l'étau, la cisaille, les presses datent du 19ème, certaines des années 50.
Ainsi, la reliure porte en elle son essor et en même temps, les éléments de ce qui va la faire évoluer aujourd'hui vers la conservation et la restauration. La reliure ne sera plus destinée qu'à des artistes et des livres à tout petit tirage.
C'est la reliure à décor, pour laquelle j'ai peu de commandes.

Le cousoir est un outil inventé au XI ème siècle par les moines: Jusqu’au XIe siècle, le premier ais était utilisé comme base pour coudre les cahiers. Une fois ceux-ci assemblés, on mettait en place le second ais.

Le principe d'un livre relié est celui d'un support plié en deux et cousu par le milieu, assemblé ensuite avec d'autres cahiers. C'est le codex au II ème siècle après JC.
C'est
le poète latin Martial qui parle du codex dans ses épigrammes :  livre fait de nombreuses feuilles de parchemin pliées dans laquelle toute l’œuvre de Virgile tenait.



Coudre votre livre est une joie infinie: Vous réalisez que ces pages éparpillées vont former cet objet particulier qui nous accompagne depuis la nuit des temps .... Depuis votre enfance aussi.

Roger Chartier, dans son cycle de conférences, parle de la matérialité du livre indissociable de l'esprit du texte, qui existe à travers l'objet.

Kant donne une définition du livre qui nous emmène à la propriété du texte, le droit de l'auteur.
Ce texte qui existe par le travail des artisans des métiers du livre, qui lui font sa dimension d'objet est d'abord une couture sur une trame avec des choix qui conditionnent toute l'esthétique du dos du livre.

Choisir le bon fil est primordial, choisir le matériau sur lequel vont être cousus vos livres aussi. A travers les temps, les nerfs ne sont pas tous constitués par la même matière.


Des repères:

Du 8ème au 11ème, la couture est sur double nerfs de chanvre ou de cuir avec l'ais comme base de cousoir.

Invention du cousoir.

Du 12ème au 13ème, la couture se fait sur nerfs fendus ou roulés, avec des nerfs supérieurs à 5.

Du 14ème au 15ème, sur des nerfs en septains (ficelle de chanvre à sept brins), couture à chevrons sur double nerfs.

Au 16ème, on retrouve bien sûr des caractéristiques des siècles passés, la couture se fait en chevron sur des lanières de cuir mégissé ou de porcs.
Et l'apparition des grecques, (voir plus loin).

Au 17ème, les techniques de coutures se complexifient. On trouve des coutures sur nerfs torsadés, à chevrons, sur septain pour les reliures de luxe. La demi reliure apparait sur double nerfs ou nerfs simples, dans la deuxième moitié du siècle.

Au 18ème, même chose, une généralisation de la technique des grecques. On se demande bien pourquoi on appelle ces entailles dans le dos, des grecques … Parce que cela vient de la pratique des ouvriers grecs qui ont fui leur pays lors des guerres et qui arrivant en Crète puis à Venise au moment de l'effusion humaniste de l'Europe, apportèrent leur façon de faire. Les dos sont dits longs.
Cette caractéristique donne une autre esthétique au dos: plus de nerfs débordants. Le décor en dorure change aussi.

Au 19ème c'est l'apparition du ruban, de la mousseline.

C'est durant ce siècle que la technique change. Les reliures sont devenues des produits de consommation presque courante, avec des couts de fabrication qui doivent toujours baisser. La chimie introduite dans tous les domaines à partir de environ 1850,  et dont nous subissons les dommages et les complexités dans l'analyse et l'expertise des projets de restauration  aujourd'hui .....

Production de masse ... traitement de masse aujourd'hui pour traiter la mémoire du 19ème et du 20ème.
C'est l'époque des reliures romantiques, des livres rouges en percaline, des grandes maisons d'édition. (La production de masse, la diffusion, la lecture, les lois Falloux, Ferry, Guizot).

La couture sur rubans est utile pour les livres contemporains, plus rapide, adaptée aux machines à coudre de l'industrie de la reliure ...
Les livres s'ouvrent bien à plat, peuvent se passer de la passure en carton, puisque la course aux couts faibles fait simplifier toute la chaine de fabrication du livre.

Il faut bien séparer le métier que je fais et celui de relieur semi-industriel ou industriel du 20ème. L'emboitage caractérise ces reliures contemporaines, les "beaux livres" d'Art et beaucoup de nos livres. Les colles fortes en permettent la solidité.

La couture sur ficelles est, traditionnellement, en regard de cette hiérarchie artificielle appliquée à la fabrication artisanale des livres, pour les livres en cuir, dite de luxe.Mais là encore qu'est-ce que le luxe, quand les matériaux ont aussi subi de la dépréciation et de la baisse de qualité face à ces couts à abaisser pour la fabrication et la productivité .... ?
La finition reste le seul luxe aujourd'hui avec multitudes de contraintes techniques que ne connaissaient pas nos ainés. Il y a eut certes des matériaux de différentes qualités et des périodes de pénurie ont existé, (les révolutions, Bradel, les guerres, les privations).

Nous utilisons des matériaux nobles, dans la mesure du possible, issus de petites entreprises qui ont gardé un savoir-faire de plus en plus rare.
Le cuir de reliure est par exemple un cuir spécial de mouton, de chèvre, de veau traité de façon à rester perméable.
La colle est la plupart du temps de la colle d'amidon.
Les cires sont proche de la composition des cuirs et peaux, ainsi la lanoline.
Les papiers sont aujourd'hui de qualité sans bois et chimiquement neutre pour éviter d'introduire des éléments de destruction dans le livre.


Mais comment choisit-on le fil pour coudre:

C'est le diamètre du fil qui passe au fond et au milieu de chaque cahier qui vous permet de faire monter le dos au cinquième pour un Bradel et au quart de l'épaisseur du volume sorti de presse pour une reliure traditionnelle.

Sur le fil de lin existe un numéro qui vous indique la grosseur: plus le numéro est gros, plus le fil est fin.
Vous devrez tenir compte du nombre de cahiers, de leur épaisseur, de la nature du papier, et du nombre de réparations.

Plus un papier est mou, plus il va absorber le fil.
Plus il est dur, plus le fil ressortira.
Les cahiers sont gros, le fil sera vite inexistant.
Au contraire les cahiers sont constitués de deux feuillets et le fil sera très présent.

Le dos X = épaisseur du livre N + (1/5 * N)


La dorure, la décoration des gardes marbrés, la parure des peaux sont faites à l'extérieur par des professionnels accomplis, qui travaillent souvent de père en fils, où qui ont crée leurs ateliers, en partant d'apprentissages auprès de maitres.




Nous abordons donc pour que vous puissiez comprendre la complexité de ce métier et la nécessité d'avoir une organisation rigoureuse, les étapes en les nommant simplement:
• Collationner
• Identifier
• Choisir le type d'intervention (en fonction de l'identification et du budget consacré raisonnable)
• débrocher
• nettoyer
• réparer les fonds des cahiers
• réparer les déchirures
• monter gravures et couvertures
• choisir les gardes et les plier
• collationner
• mettre en presse de plaçure
• sortir de la presse au bout de douze heures
• collationner, mettre en ordre (suivant les signatures des cahiers et la pagination)
• ébarber, massicoter dans le cas d'un livre très récent
• prendre des marques avec le gabarit de grecquage
• grecquer
• choisir le fil de couture (pour que le dos monte au 1/5 de l'épaisseur du livre)
• coudre
• Encollage du dos
• Arrondissure
• Endossure
• Effilochage des ficelles
• Passure en carton pour la reliure traditionnelle
• Cambrage des plats
ou
• Apprêture du dos pour le Bradel
(Mousseline, Tranchefiles, Goudrons)
• Préparation de la carte du dos pour le Bradel 
• Massicotage, rognage, ponçage de la tête à ce moment, avant la fixation des ficelles et rubans.
• Fixation des ficelles internes pour les reliures sur ficelles, • Fixations des rubans à l'extérieur, pour les reliures sur ruban.
• Presse de mousseline
• Comètes et tranchefiles
• Goudrons
• Ponçage du dos
• Blanchiment des plats
• Taille de la carte du faux-dos
• Découpe et pose des faux-nerfs pour les reliures à nerfs
• Encoches de coiffes
• Pose de la carte à dos
• Ponçage des plats, des champs des cartons
• emballage du bloc livre
• Préparation de la peau ou de la toile et/ou du papier pour la couvrure
• Parage des remplis et des coiffes, couvrure, rempliage, mise en presse de couvrure entre foulage
• comblage intérieur
• vérification des mors, des cartons
• taille des gardes couleurs
• pose de charnières, comblage et ponçage pour les gardes soies, cartes de comblage
• Pose des gardes
• presse de finition
• Dorure

Il me parait aussi important pour finir ce tour rapide de la reliure, de mettre en évidence que la connaissance que nous devons avoir de notre métier couvre beaucoup de domaines:
Histoire des supports de l'écriture depuis la naissance de l'humanité,
Histoire de l'écriture,
Histoire de la diffusion des manuscrits et du livre à travers les routes marchandes,
Histoire de la transmission des savoirs et des textes: comment nait un livre?
Histoire de l'imprimerie, Typographie, Procédés d'impression noir et blanc et couleur,
Connaissance de la chimie du papier, des natures de papiers, de l'histoire des moulins à papier, leur naissance et leur évolutions,
Connaissances de l'histoire des bibliophiles, collectionneurs, souvent attachés à travers l'histoire aux cours princières et aux rois, aux politiques, aux industriels et hommes d'argent.
(Le capitalisme des lettres. Jean Yves Mollier qui raconte l'épopée des grandes maisons d'éditions au 19ème)
Notions de chimie et connaissance des procédés de fabrication des peaux, des parchemins, de l'encre,

de tout ce qui compose un manuscrit ou un livre.

Histoire littéraire et bonne culture générale.
Histoire des bibliothèques et de leurs destructions,
Histoires des libraires et des librairies aussi.
Et histoire de la reliure, des ateliers et de la dorure, des papiers marbrés et décorés.

Bien des domaines se recoupent et la connaissance d'un relieur, si il ne peut pas tout approfondir, vient avec le temps et la manipulation de livres, le travail réalisé au cours des années.
Ainsi savoir ce qu'est un livre rare, un livre beau ou un livre ancien est une connaissance de maturité.
A côté de cela, il y a une autre connaissance parallèle, celle de la lecture d'un catalogue de libraire, avec des codes qu'on dit de bibliophilie.



Bienvenue dans le monde de la bibliophile!



La restauration.

La restauration diffère de la reliure.
80% de réflexions et de recherches et 20% d'interventions.

Avant 1850, il n'y a pas de chimie dans les livres, il n'y a donc pas de raison d'en ajouter dans les livres datant d'avant la révolution industrielle et son cortège de nouveautés.
Peu nous importe que l'on voit le travail fait si celui-ci est discret et reste dans l'esthétique générale.
Nous cherchons à redonner avant tout au livre sa fonction première: servir le lecteur.
Mais aussi en appliquant ce que l'on appelle le "quantum sufficit", cette intelligence et cette mesure du mieux possible, le moins possible.




La conservation

La conservation fait également appel à d'autres compétences, d'autres modes de réflexions.
Arrêter les dégradations est le principal sujet du conservateur.

Conserver n'est pas restaurer, ni relier.
Relier n'est pas restaurer, ni conserver dans le sens des conservateurs.
Beaucoup de livres qui ont été reliés, ont été conservés aussi et ont passé les épreuves du temps et des manipulations des hommes, des mauvais stockages et conditions diverses, feu eau, poussière, insectes.

Restaurer n'est pas conserver, ni relier.

Un bon conservateur sait ce que veut dire restaurer et relier, fait la différence.

Un bon restaurateur sait relier, connaît parfaitement toutes les étapes et les contraintes des matériaux, leur chimie.

Un bon relieur sait déléguer quand il a à faire de la restauration pointue.
Un bon restaurateur s'entoure de conservateurs.

Avec la dorure, c'est un peu la même chose, avec la marbrure, avec la parure.
Avec cette déontologie personnelle et forte de 13 ans d'expériences, sachant s'entourer de professionnels reconnus, l'atelier est en capacité de proposer des solutions pour tous types de travaux concernant le patrimoine écrit.

Quant au temps passé, au prix pratiqués, c'est souvent sur devis et en appliquant un forfait qui respectera toujours le côté raisonnable de l'intervention, le type d'intervention, et la pérennité de l'ouvrage dans son ensemble.
Chaque livre est unique, chaque possesseur aussi.

1 commentaire:

  1. Article écrit en 2015.
    Prévu pour faire es visites d'atelier qui n'ont rencontré aucun succès pour le moment ....

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