Tout en bas du blog, déroulez, déroulez vous avez les étapes de la reliure, reliées aux articles qui leur correspondent, en cliquant sur ces liens hyper-texte.

samedi 11 juin 2016

La fabrication des faux ...

Le grand fantasme de tout collectionneur est d'avoir un exemplaire le plus pur possible.
A toutes les époques il y a eu des faux ... La contrefaçon à tous les niveaux de fabrication et d'impression était, comme aujourd'hui, un bon moyen de gagner de l'argent en faisant croire au chaland qu'il avait du vrai, rien que du vrai ... Filoubliophile ...

Quelques 400 ans plus tard, bien malin celui qui peut affirmer sans se documenter sérieusement et y passer toutes ses soirées pour savoir et affirmer ce qui est de ce qui n'est pas ...

Il en faut du temps pour dénicher des trésors d'indications et comprendre que plus qu'un simple objet, le livre est toujours une histoire pleine d'imagination entre un propriétaire qui part à la découverte de son acquisition et les multiples acteurs de la construction du dit livre dans tous ces aspects matériels.

http://mediologie.org/cahiers-de-mediologie/04_papier/clement.pdf





Evoquons les différents domaines où le faux peut s'insinuer, de façon imaginaire ou réelle.

En ce qui concerne le texte on trouvera:
des faux auteurs,
des auteurs existants mais sous pseudonyme
ou anonyme,
de fausses adresses d'imprimeur,
de faux lieux d'impression.

On trouvera dans des livres des références à des auteurs et des livres qui n'existent pas ...
Des plagiats.
Des "à la manière de".

Passons à l'aspect matériel:

Faux cuir.
Faux marbrés d'époque.
Faux papier avec faux filigranes.
Fausse impression.

Pastiche.
Avec une catégorie ré-emboitage.

Le livre idéal serait tout cela à la fois.
Inestimable artefact tout droit sorti du Pays des Merveilles d'Alice.



                                                *********************************



Maintenant passons aux choses sérieuses: Comment savoir?

Une fois le doute insinué dans nos esprits faibles et innocents, ignorants et néophytes, il y a quelques marronniers qui reviennent régulièrement:

Le catalogue de la bibliothèque du comte de Fortsas
 
http://www.lib.udel.edu/ud/spec/exhibits/forgery/fortsas.htm

"En  1840, des libraires et des collectionneurs à travers l'Europe ont reçu un catalogue décrivant une collection de livres remarquables qui allaient bientôt être vendus aux enchères dans une vente qui se tiendrait le 10 Août 1840, à Binche, une petite ville au sud-ouest de la Belgique. La bibliothèque de Forstas , comte jusque-là inconnu, était unique dans les annales de la bibliophilie: elle se composait entièrement de livres dont il détenait les seuls exemplaires connus. Si le comte apprenait l'existence même d'un autre exemplaire d'un livre de sa collection, ce titre était immédiatement ôté de sa bibliothèque. Au moment de sa prétendue mort en 1839 à l'âge de soixante-neuf, sa bibliothèque comptait cinquante-deux volumes, tous uniques.

La date des enchères approchant, tous les bibliophiles d'Europe  venus à Binche  ont cherché en vain les bureaux de Maitre Mourlon, 9 rue de l'Église, où la vente historique devait avoir lieu. Quand ils ont tenté de localiser les bureaux de Maitre Mourlon,  il n'y a avait personne dans le village connaissant  la rue, ni le nom, ni même le Comte de Fortsas.

Les bibliophiles frustrés ont alors découvert que la bibliothèque de Forstas  ne serait pas vendu aux enchères parce que la ville de Binche avait acquis toute la collection pour sa bibliothèque publique. Quand ils ont essayé de voir les livres dans leur nouvelle maison, ils ont appris que Binche n'avait même pas de bibliothèque publique.

C'était
maintenant, pour les acheteurs, clair qu'ils avaient été victimes d'un canular et ils ont quitté Binche, les mains vides.
Finalement, ils ont appris que le canular avait été planifié et mis en place par Renier Hubert Ghislain Chalon, un officier militaire à la retraite, connu pour ses farces élaborées.Le faux catalogue de la bibliothèque du Comte de Fortsas est resté un favori des bibliophiles depuis sa création. Suite à la publication de la première édition rare en Août 1840, il y a au moins quatre éditions distinctes au cours du XIXe siècle, et un certain nombre d'éditions de presse privée du XXe siècle.
La combinaison  [canular, avec un "humour de bibliophile", et casse-tête bibliographique, avec le catalogue lui-même], a contribué à installer la légende de cette fausse bibliothèque ."


Il y a aussi:

Sidney E. Berger.L’anatomie d’un canular littéraire. New Castle : Oak Knoll Books, ([Newtown, PA.]: Bird & Bull Press), 1994.

Cet ouvrage retrace un canular que Henry Morris, propriétaire de The bird & Bull press a mis en œuvre. Morris avait inclus une citation bibliographique fausse, du XIXe siècle dans son édition du livre de Timothy Barret, Nagashizuki (1979); un moyen de vérifier si quelqu'un avait déjà lu la bibliographie. Le bibliothécaire de livres rares Sid Berger a aidé à orchestrer ce canular dans lequel Barrett et lui ont  prétendu avoir trouvé une véritable édition du livre que Morris avait inventé.

https://www.oakknoll.com/images/upload/cat887_2.pdf
Pendant cinquante-cinq ans, Bird & Bull Press, Henry Morris s'est consacrée à l'impression et à l'édition de livres de bibliophilie. Sa carrière a commencé en 1958, quand il a cherché à développer un nouvel intérêt dans la fabrication du papier à la main.
Il s'est fait connaître avec son deuxième livre en 1961. 
La majorité des livres de Morris ont été consacrés à l'art de l'artisanat, et l'histoire de l'impression, la fabrication du papier.
Tout au long de sa carrière il a imprimé des livres qui sont réputés à la fois pour leurs qualités esthétiques et pour la valeur de leur contenu. Au début de l'année 2013, Henry Morris a annoncé sa retraite.



Doit-on citer le Nécronomicon?
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ouvrages_fictifs_du_Mythe_de_Cthulhu

Maxime Chattam fait apparaitre dans son roman Le Cinquième Règne différents livres empruntés à Lovecraft : le Necronomicon et le Liber Ivonis.


                                                    ***********************************



Plus loin dans le temps, on trouve les fausses adresses d'imprimeurs.




"Dans toute l’Europe, les imprimeurs deviennent des acteurs de la vie culturelle, en permettant la diffusion à large échelle des textes qu’ils éditent. Certains sont des vecteurs de la rénovation des lettres prônée par les humanistes, voire de la rénovation religieuse prônée par Luther et Calvin. Mais les grandes figures telles qu’Alde Manuce ou les Estienne ne doivent pas faire oublier que, pour la plupart, les imprimeurs préfèrent un investissement rentable à une nouveauté peu sûre en raison des frais importants qu’une édition nécessite. Au temps de l’humanisme et de la Réforme, les programmes éditoriaux sont également sujets au contrôle de l’Église et de l’État. Les imprimeurs se voient accorder des privilèges qui leur octroient le monopole temporaire de l’impression et de la vente de ces ouvrages, mais ces privilèges deviennent rapidement des moyens pour l’État de contrôler ce qui est publié. En France par exemple, le privilège royal est rendu obligatoire en 1566. De plus, depuis 1515, aucun livre religieux ne doit être imprimé sans autorisation des autorités ecclésiastiques. Le premier Index des livres interdits de l’Église catholique est publié en 1559. Aux xvie et xviie siècles, catholiques comme protestants n’hésitent pas à condamner sévèrement les auteurs et les éditeurs de livres qui portent atteinte à la religion et à la morale. Des moyens de contourner ces règles existent : les imprimeurs indiquent de fausses adresses typographiques ; ou encore, les livres interdits dans les pays catholiques sont imprimés dans les pays protestants et, malgré les restrictions, circulent ensuite à travers toute l’Europe". Source:http://ehne.fr/notice/humanisme-europeen/les-humanistes-et-leurope/imprimerie-et-imprimeurs




"Les fausses adresses furent souvent utilisées au dix-huitième siècle par éditeurs, imprimeurs et auteurs pour différentes raisons. Soit le contenu de l’ouvrage n’était pas conforme aux bonnes moeurs et aurait condamné auteur et imprimeur, soit des raisons politiques ou religieuses auraient empêché les autorités de donner la permission, formelle ou tacite, d’imprimer, soit des raisons commerciales ou fiscales empêchaient l’imprimeur d’apposer son nom sur la page de garde et d’assumer la paternité de l’impression. Une autre raison pouvait aussi être invoquée : le snobisme qui conférait à un ouvrage édité sous fausse adresse un parfum de scandale et pouvait donc constituer un argument de vente. "

Pierre MOURIAU DE MEULENACKER
Source:http://web.philo.ulg.ac.be/gedhsr/wp-content/uploads/2014/12/MOURIAU-DE-MEULENACKER-Pierre-Attribution-a-l-imprimerie-Hayez-de-trois-ouvrages-sous-fausses-adresses.pdf

                                         **********
http://theleme.enc.sorbonne.fr/cours/livres_imprimes_anciens/imprimeurs


beaucoup de liens ne sont plus actifs, c'est un peu ce que je crains avec le blog qui vous renvoie vers d'autres sites qui finissent pas ne plus être actifs...
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k990535g/f11.item

 


*Etre curieux et chercher, vérifier, voilà le vrai défi de cette époque où la rareté peut devenir soudain suspecte.

Faire un faux est différent de faire un pastiche: c'est à dire une reliure présentant les caractéristiques décoratives de l'époque du livre. (Encore faut-il être un bon artisan, avoir les bons matériaux anciens et connaître les techniques de l'époque en cours pour ne pas faire d'anachronismes).
De l'autre côté, il faut être bien sûr de soi pour pouvoir repérer une restauration bien faite qui ne dit pas son nom de faux et usage de faux ... :)

Le code de déontologie appliquée est stricte et ne permet pas de tergiverser:
On n'ajoute rien, on invente rien, on ne détruit rien, on ne transforme rien, qui puisse faire faire une mauvaise interprétation de façon volontaire à toutes les personnes qui s'occupent d'expertiser les livres et de vendre ou d'acheter, de collectionner.

Le grand spécialiste de la bibliothècomanie qu'est Dominique Varry a traité dans un article toutes les dimensions du faux:

"Entre autres objets, la bibliographie matérielle sert aussi à dévoiler les faux en matière de livres imprimés. La question est ardue. Elle comporte bien des facettes, de la volonté de tromper et d'escroquer le collectionneur aux pratiques de libraires qui, de deux exemplaires incomplets en fabriquent un parfait..."

 http://dominique-varry.enssib.fr/node/34




                                          ***********************************




Dans le livre de Eric Dussert et Eric Walbecq, " les 1001 vies des livres" aux éditions Vuibert, on trouve un chapitre fort sympathique aussi, qui détaille les aspects du faux aussi sous l'angle des pseudonymes et de la littérature, des plagiats et des copiés-collés palimpsestés aussi authentiques finalement que l'original recrée et, nommément devenu célèbre sous un nouvel habit recousu façon patchwork, dans la période de postmodernisme parfois de mauvais gout que nous connaissons ... (ouff).

On retiendra la faute anachronique de typographie avec une police datée de 1980 pour un poème de 1907 de Frédéric Sauser.
Et Wikibeck ou Houellepédia, (que j'aime pourtant bien lire).


Si l'on en croit ce que dit la justice, ce que j'écris pourrait être, si je ne mettais ni les sources, ni entre guillemets, ni en italique mais récupérai ces passages écrits par d'autres,

pourrait être un plagiat.

La dimension commerciale est alors d'une grande importance.
Si on peut m'accuser de ne pas faire la synthèse et de retravailler les renseignements lus, on ne pourra pas me condamner de vouloir être curieuse et de partager le fruit de mes découvertes au plus grand nombre pour susciter chez eux, l'élixir du bonheur: le miel de la curiosité pour qu'ils accèdent au plaisir de collectionner des livres selon un thème qu'ils affectionnent.
Réécrire quelque chose qui est parfaitement écrit pour avoir la primauté du "c'est moi qui l'ai écrit" ... sur la base de travaux de recherches faits par d'autres me semble complètement sot.

En 2014, une conférence avait eu lieu à Lyon I, qui disait bien dans sa présentation combien il est difficile de détecter un faux tant les champs du possible sont grands lorsqu'une association de plusieurs personnes spécialistes dans leur domaine décident d'entreprendre une aventure frauduleuse:

"Dans le cadre des Soirées Scientifiques de l'Université Ouverte Lyon 1, Dominique Varry, professeur à l'enssib animera une conférence intitulée "Faussaire et bibliophilie", Mardi 25 février 2014 à 20h.
 
L'existence de faux en peinture n'étonne pas. L'existence de faux en matière de livres anciens est inconnue du grand public... et de certains bibliothécaires. Elle est pourtant ancienne, et les livres modifés ou fabriqués, qui abusent les collecteurs, sont difficiles à détecter.
Une première catégorie de faux sont des faux partiels, c'est-à-dire des ouvrages authentiques mais incomplets pour lesquels on ajoute les feuillets manquants en les prélevant sur d'autres exemplaires, ou en les fabriquant. Une seconde catégorie de faux est constituée d'ouvrages entièrement fabriqués pour abuser l'acheteur. La bibliographie matérielle, discipline d'origine anglo-saxonne, qui est une archéologie du livre imprimé, peut cependant permettre de les détecter, par l'étude des papiers, des caractères et des ornements typographiques, des pratiques de composition...C'est cette double réalité qui sera évoquée dans la conférence à travers des exemples concrets et plusieurs affaires dont la plus récente est encore en cours et concerne des ouvrages de Galilée."Vous trouverez toutes les subtilités d'une affaire qui  me fascine par ses développements internationaux, et à travers des aspects techniques pointus au service d'un crime bibliophilique.

 Enfin dans ce lien là: d'autres faux ...

Où l'on constate que la matérialité du livre ou du document n'est jamais tout à fait étrangère à la réussite du faux.



                                               ******************************




Dans un dernier paragraphe, je terminerai par deux livres lus avec plaisir dont l'histoire est écrite autour de ce thème du faux:

-l'une en terme de faux matériel avec la constitution d'une fausse bible qui remplacera la vraie sans toute fois abuser la restauratrice Hanna Heath en charge d'élucider le mystère.


-Et l'autre, autour de Victor Goupille, dont le talent est de reproduire à la perfection l'écriture d'illustres écrivains.


On imagine bien que sous ce thème du faux peut se développer la thématique du mensonge et de la transparence dans la société, des spécialistes et des experts, de la rigueur en face de livres fantômes ...
un autre thème à parcourir.









Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vos commentaires sont les bienvenus.
Adhérez au blog pour les éditer!
Les commentaires anonymes sont supprimés, je ne donne pas de prix par mail anonyme, ni ne fait de devis!
Vous trouvez mes coordonnées là:
http://www.restaurationlivreatroo.fr/

Améliorations, suggestions interrogations, je réponds !